jeudi 17 juin 2021

Galeries en Juin 2021 à Grenoble.

Galerie «  Au vent des cimes ».
Jusqu’au 19 juin Josepha nous rassure : la féminité n’a pas abandonné toutes les places. Ses sculptures qui jouent avec les dentelles et les volutes de robes très légères tapent à l’œil.
Je les trouve un peu trop vernissées, mais le parti pris du raffinement, d’une certaine élégance peuvent convenir aux foules qui se pressent à Saint Paul de Vence par exemple et le vieux mâle ne verra pas d’inconvénient à cette mise en valeur du corps rêvé de la femme par une femme.
Anne Bachelier et son univers de chimères lui succèdera jusqu’au 31 juillet.
Galerie Hébert. 
https://www.facebook.com/galeriehebert.grenoble

Jusqu’au 3 juillet, Cecile Beaupere livre son regard sur les corps des «  Stabant amantes » avec des étreintes fondantes en peinture depuis de vibrants dessins de nus.
Le talent est encore plus évident quand il s’exerce dans un domaine qui n’en finit pas, heureusement, d’être exploré.
Certains mouvements peuvent rappeler les courbes de Courbet ou Bacon, en moins trash. La diversité des propositions ne contrarie pas la cohérence du propos.
Galerie Ex-Nihilo. 
Jusqu'au 26 juin Jean Louis-Roux propose : « Buter, buter, buter encore. » 
« Nos yeux se cognent sur l’apparence des choses, ça nous tape à l’œil, le constat nous sidère et déconcerté, nous n’en finissons pas de buter. Le monde est buté et nous butons contre. Le monde fait butée. Libre à nous de prendre appui sur lui. De la butée faire le but. Et débuter. »
Le critique des « Affiches » écrit aussi bien qu’il photographie des lieux comme j’aime les  cadrer, avec un parti pris du noir et blanc qui rend élégante la solitude et atténue l’ âpreté du monde. 
Galerie Alter art. 
Avant Agnès Jeannot jusqu’au 11 juillet, 
Patricia Goujon rencontrait Vincent Brunet lors d’une exposition commune 
«  Convergence » où l’artiste collagiste joue avec les gravures du taille-doucier. 
Le travail de haute précision du graveur a inspiré sa complice qui ajoute ses images et ses traits dorés.

 

mercredi 16 juin 2021

Chartres # 2

Il fait frais ce matin et la météo annonce à peine 20 voire 22° pour aujourd’hui.
 
Nous avons un peu trainassé dans notre vaste demeure.
Aussi, pour nous éviter  de tourner et virer avec la voiture, nous optons pour le grand parking couvert « Au cœur » au centre et à deux pas de la vieille ville.
Nous marchons directement vers la Cathédrale Notre Dame.
Munis du livre acheté hier, puisque nous n’avons pu retenir de visite guidée à l’Office du tourisme fermé, nous nous postons devant le portail royal et apprécions les explications usant de termes architecturaux simples ou bien définis de l’ouvrage.
Et c’est toujours une grande satisfaction d’entrer dans la compréhension d’une œuvre. « L’imagier est fait pour être lu et appréhendé, le côté esthétique était secondaire à l’époque » est-il écrit. Le secondaire nous laisse cependant bien admiratifs.
Nous détaillons les 3 portes, amusés par le zodiaque placé dans les voussures du portail gauche :
Janvier ou Janus, a droit à deux têtes, l’une pour l’année passée, l’autre pour la nouvelle année ; 
le scorpion, de forme curieuse nous tire la langue, et le cancer ressemble plutôt à un pou !
En pénétrant à l’intérieur, une anecdote du livre retient notre attention et nous plonge dans une réalité bien humaine. Autrefois, en période de pèlerinage, le lieu saint ne se contentait pas d’accueillir  la foule, il  l’hébergeait aussi. Cela nécessitait ensuite un lavage conséquent du pavage à grande eau, et l’ouverture de quelques vitraux pour l’aération.
Nous nous intéressons aux trois verrières en dessous de la rose. Minutieusement, nous  les décryptons comme il se doit de gauche à droite et de bas en haut, comme se lisent les accords sur une partition de musique.
Sur le vitrail de droite, l’arbre de Jessé renferme des détails et des significations que peu connaissent encore aujourd’hui.
Celui du centre raconte la vie de Jésus,
et celui de gauche dépeint la Passion 
suivie  par  la Résurrection.
Outre la symbolique, on assiste à l’explosion de la couleur.
Dans le déambulatoire, les verres teintés reprennent le thème du zodiaque. 
Cette fois-ci, Janus possède trois têtes : avant, pendant et après le nouvel an.
Nous nous tournons ensuite vers la clôture du chœur magnifiquement ouvragée dans la pierre.
Des scènes composées de statues chapeautées  de pinacles abordent la vie de Marie jusqu’à  la mort du Christ. L’imagier les a représentées dans des habits du XIV°, c’est-à-dire à la mode de l’époque correspondant à la création de l’ouvrage. Certaines parties claires récemment nettoyées  permettent d’apprécier les détails et la beauté du travail et contrastent avec d’autres encore très encrassées et sombres qui se fondent trop discrètement dans l’environnement.
Nous interrompons la visite pour une pause repas  au « café du Général » à proximité, et commandons le plat du jour osso bucco et tarte citron meringuée, servis rapidement.
Aussitôt après, nous poursuivons,  toujours seuls, notre découverte de la Cathédrale avant  de participer à des visites de groupe dans des endroits inaccessibles autrement. Malheureusement, le magnifique labyrinthe que nous avons vu sur nombre de photos disparait sous des rangées de chaises vides. 
Nous ne verrons guère mieux le précieux reliquaire gardée par deux anges ; il conserve le voile ou la chemise que portait Marie lors de l’Annonciation. Irène de Byzance l’aurait offerte en cadeau à Charlemagne puis Charles le Chauve en aurait fait don à Chartres. Longtemps cachée au public, cette pièce de soie fut profanée à la Révolution.

mardi 15 juin 2021

Un anglais dans mon arbre. Olivia Burton, Mahi Grand.

Ces 222 pages se lisent d’un trait en suivant le récit aux lignes claires d’Olivia Burton. 
La prof de français se met sur les traces d’un - on ne peut plus - anglais qu’elle a découvert dans son arbre généalogique : Richard Francis Burton. 
L’extravagant personnage, mort diplomate à Trieste en 1890, était on dira « polymathe », « personne d'esprit universel », comme l’indique la notice Wikipédia, pour résumer, tant l’érudit qui parlait 29 langues a eu de fonctions différentes : officier en Inde, explorateur en Afrique, premier occidental à faire le pèlerinage à la Mecque… traducteur du kamasoutra et écrivain. 
« Le premier jour du voyage dans le désert se déroula sans encombre. C'est étrange comme l'esprit peut s'occuper à contempler un paysage qui présente si peu d'objets à observer. La moindre modification de forme ou de couleur captive le regard, les sens sont aiguisés et les facultés de perception, démultipliées. Dans le silence absolu et la désolation fantastique des lieux, l'esprit est touché à travers le corps. » 
Nous nous régalons de ces aventures habilement présentées où la vision contemporaine est habitée aussi par le passé sans effet de fantastique indéchiffrable, mais avec humour.
Bien que les conditions soient différentes aujourd’hui pour aller avec la sympathique jeune femme à son tour à la recherche des sources du Nil, une certaine dose d’audace et de candeur reste nécessaire. 
Cette quête sans esbroufe est passionnante.

lundi 14 juin 2021

Pour Sama. Waad al-Kateab et Edward Watts.

Retraçant un épisode de la guerre la guerre civile en Irak où plus de 20 000 personnes  trouvèrent la mort entre 2011 et 2016, ce documentaire est bouleversant. 
Un couple formé d’un médecin et d’une journaliste se marient pendant que la ville d’Alep de deux millions d’habitants est bombardée. Ils finissent par vivre dans le dernier hôpital même pas resté intact où la petite Sama, née de cette union, va commencer sa vie. Sa maman filme sans arrêt pour alerter le monde, alors ses insistances se pardonnent tant les situations sont insoutenables.
Les nouvelles techniques de communication nous renseignent  mais n’empêchent pas les massacres, elles souligneraient plutôt nos impuissances. Les images de cadavres sont choquantes avec des couloirs inondés de sang si loin des artifices gore d’un autre cinéma. Des évidences nous sont rappelées : les explosions surgissent sans qu’on s’y attende et au dessus des ruines un coucher de soleil peut être beau.
La mort est omniprésente, alors la vie prend un relief encore plus évident, quand tombe la neige et qu’un enfant sourit en s’amusant dans un bus qui a brûlé, quand un bébé vient de naître et qu’il respire enfin !
Même si la situation politique n’est pas vraiment explicitée, il s’agit simplement d’approcher nos frères humains. Mon incompréhension sera plus grande encore quand un commentateur sur les réseaux sociaux osera parler de « dictature » concernant notre démocratie en paix. Le confort de celui-ci ayant peut être été dérangé par un dispositif visant à protéger la population, alors qu’il y a de quoi être mis mal à l’aise par ces réfugiés qui n’avaient d’autres solutions que d’être recueillis par nos beaux pays.
« Comment cela s'appelle-t-il, quand le jour se lève, comme aujourd'hui, et que tout est gâché, que tout est saccagé, et que l'air pourtant se respire, et qu'on a tout perdu, que la ville brûle, que les innocents s'entretuent, mais que les coupables agonisent, dans un coin du jour qui se lève? [...] Cela s'appelle l'aurore. » Jean Giraudoux

dimanche 13 juin 2021

Défilé de la biennale de la danse 2021.

Le dernier défilé de la biennale de la danse datait d’il y a trois ans
mais entre temps une pandémie survint qui a rendu bancal le terme « biennale ».
Quant au défilé lui-même, il n’a pas vraiment défilé se retrouvant cette fois circonscrit au théâtre antique de Fourvières comme en 2016 au stade de Gerland après des attentats. 
Mais il ne s’est pas défilé, dès le déconfinement amorcé, voilà les troupes trépignantes.
Les danseurs professionnels ont travaillé avec des amateurs pour présenter en trois séquences leur travail : des MJ, des municipalités, l’Université J. Moulin de Lyon 3 sont dans le coup, des départements, des communautés de communes …
J’éviterai de tomber dans une énumération infinie à l'instar de la directrice artistique qui casse la dynamique de la représentation avec des remerciements tellement amples qu’ils en perdent tous sens, parsemés de mots en bois, « co-construction », « résilience », et autres « inclusions » pour le bien «  vivre ensemble ».
L’opportunité pour beaucoup de voir à nouveau un spectacle vivant a été un beau cadeau.
Mais qui peut penser que ce spectacle a été facile à préparer? Pas besoin de tartiner :place au show !
Le monde d’après qui s’entrouvre, vivra mieux avec un droit de critique et d’admiration  se renforçant de leur proximité.
Ainsi les artistes nigérians huilés de Qudus Onikeku et des danseurs lyonnais font se rencontrer sans baratin les inventions d’aujourd’hui et les traditions de toujours, dans une allégresse régénérante d’où sourd une violence fascinante.
Il fait bon voir leur travail, leur inventivité, leur énergie.
Fatoumata Diawara a une belle voix quand elle chante et une belle ardeur quand elle danse, mais n'a pas besoin, à mon sens, de surligner qu’elle chante pour la paix, les enfants, les femmes et la planète.
Les grandes marionnettes de la compagnie " Les grandes personnes" conviennent bien lorsqu’elles déambulent dans les rues. Sur un plateau leurs mouvements paraissent plus stéréotypés et la magie des jeux avec les tailles des autres acteurs n'est pas toujours au rendez-vous. Reste que des enfants qui dansent encore après leur prestation ont eu l'occasion de cultiver un réjouissant rapport à leur corps. Leur plaisir évident en arriverait à rendre indulgent le plus grognon des spectateurs. Les locaux ont besoin des lointains, les amateurs des pros, les gosses d’ici de ceux de Lagos.


samedi 12 juin 2021

Légende. Philippe Sollers.

L’ouvrage ne comportait que 120 pages : il était temps pour moi d’aller au-delà des interventions médiatiques pour connaître un des maîtres de la littérature française. Hélas je n’ai pu que confirmer la suffisance du dandy alors que le même mouvement qui m’avait fait dédaigner l’image de BHL avait été détrompé par son écriture.
Son monde s’effondre, c’est que le monde s’effondre, Artaud le disait déjà en 1936 : 
« Ce monde n’est pavé que d’intrus qui n’apportent rien, qui n’ont rien à produire, et où on entend ressasser autour de soi que des redites sordides de tout. » 
Excusez-nous messieurs, on vous laisse à vos déplorations - j’ai les miennes - puisque « plus personne n’écoute et ne lit vraiment. » Y a-t-il encore quelqu’un qui écrit ?  
En retournant à ces œuvres perverses, j’essaye d’accrocher quelques mots au défilé des citations. Hugo est à l’écoute de ses murs frappeurs, quelques chinois s’expriment sur le silence et des alchimistes ressurgissent, entre quelques avis concernant la GPA, le virus. 
« Le futur disparaît sous nos yeux, le présent ne s’appartient plus, mais le passé pour qui veut, brille de toute sa force » 
A cela s'ajoute une pincée de Poussin, le « fourmillement des réseaux sociaux », Mozart, la lunette astronomique offerte par son papa, Rimbaud, Mallarmé et Manet, les fake-news, et le pauvre pape :  
« Mais, au fond, qui est davantage baleine blanche qu'un pape tout en blanc ? »
Parmi ces courts chapitres parlant légèrement d’un peu de tout, une amorce de fil d’Ariane consiste en l’évocation d’un amour de jeunesse retrouvée mariée à une autre femme et qu’il fait jouir de temps en temps. Elle s’appelle Daphnée pour laquelle Le Bernin eut plus de délicatesse pour évoquer sa rencontre avec Apollon.

 

vendredi 11 juin 2021

« Montjoie Saint Denis ».

Les folkloriques éclairent parfois la scène : des nostalgiques du temps des rois capétiens viennent de s’en prendre au président de la République, à sa figure.
Mais les offusqués dans la minute, dont Mélenchon qui criait: «  la République, c’est moi ! » n’ont pas seulement contesté la fonction prépondérante du chef de l’état sous la V°, ils ont contribué jour après jour à son affaiblissement.
Sur le coup, le populiste qui vient de jouer au complotiste, avait raison. Bien que l’acteur tellement souvent dans la véhémence disqualifie la sagesse de ses mots : tout parlementaire doit être respecté. Toute personne est sacrée. Et dire qu’au XXI° siècle, il faille aligner de telles banalités, quand les mesures barrières sont impuissantes face à la haine.
L’option républicaine ne va pas tout de même pas devenir aussi obsolète que l’opinion royaliste !
Pour m’être épargné bien des gloses gourmandes qui ont fleuri au sujet de la perte de prestige des fonctions électives, je ne peux cependant m’éviter de me rebiffer face à une façon de réagir qui ignore la distance symbolique et le second degré. J’évite l’expression « façon de penser » puisque celle-ci suppose recul, examen, mise en bouche.
L’interdiction de la fessée a été promulguée le 10 juillet 2019, et une violence crue atteint le premier des gouvernants. Le frappeur dont « la tête est près du bonnet » avait sûrement compris « Jupiter » sur le mode comique, façon « Manu tu descends !» Il y a belle lurette que  le journal « Le Monde » titre "Mitterrand" et non plus "M. Mitterrand".
Les inconsolables de la perte de la tête de Capet vont peut être faire en sorte de réhabiliter le bonnet phrygien pour coiffer les crânes qui n’admettent pas toutes ces régressions dans nos démocraties.
Ensevelis sous les anecdotes, nous passerons vite à d’autres prises de tête et de bec - alouette - après quelques blagounettes périssables qui ébranlent parfois mes convictions concernant l’inconditionnalité de la liberté d’expression.
L’essoreuse à mémoire recrache par exemple les duettistes Pleynel et Bourdin lors de leur tentative d’abolir la distance journaliste / politique : ils donnent sans cesse des leçons mais n’en retiennent guère. Et les effigies qui flambaient aux carrefours ont moins ému qu’un Valbuena en carton pendu dans les travées du vélodrome. Quant aux faits divers de permanences de parlementaires brûlées et élus menacés, ils étaient éminemment politiques et inquiétants.
Même si la formule de Bertolt Brecht en 1941: « Le ventre est encore fécond d'où a surgi la bête immonde » a été trop citée, elle est plus vraie que jamais et depuis le temps accable nos impuissances. Les bêtes aux multiples visages grouillent, se dépèchent. 
Aveuglés par le fluo des gilets jaunes, les encenseurs en livrée n’ont plus vus qu’eux et ont mis le référendum à toutes les sauces, ils ont bien peu valorisé les représentants du peuple. Dès le verdict des urnes connu, la légitimité du malheureux élu est contestée : pourtant si loin de Piolle, je ne finasserai pas sur le fait qu’il a été réélu avec moins de voix que la première fois : c'est que tout simplement, ses concurrents n’ont pas été convaincants.  
« La République affirme le droit et impose le devoir. » Victor Hugo