samedi 27 février 2016

Dans le grand cercle du monde. Joseph Boyden

Après le chemin des âmes http://blog-de-guy.blogspot.fr/2010/10/le-chemin-des-ames-joseph-boyden.html  tant aimé, il faut être à la hauteur quand la presse présente le dernier roman de l’irlando amérindien comme « le premier grand roman canadien du XXI siècle ». Il l’est, grand.
Violent, subtil, palpitant et touchant au plus vif de notre humanité, historique, mystique, politique et intime, exotique, flamboyant, instructif, épique, étourdissant.
Au XVIIème siècle, au Canada, trois narrateurs donnent leur vision d’un monde à découvrir, à évangéliser, à préserver, ce qui évite le manichéisme : bon sauvage contre vilain colonisateur.  
Ce sont, réunis par un destin cruel, « Le Corbeau » : un jésuite breton, « Chutes-de-Neige » : une jeune iroquoise farouche qui vient d’être adoptée par le massacreur de sa famille, « Oiseau », un chef Huron.
Il est grand temps d’enrichir des images enfantines.
Les  sociétés indiennes sont sophistiquées : les « sauvages » cultivent les trois sœurs (maïs, courge, haricot), et vivent dans  des conditions climatiques extrêmes, aggravées par les guerres incessantes entre tribus. Leur rapport à la nature est mythique et leur cruauté ahurissante, le respect de l’ennemi se juge à sa capacité à subir les tortures les plus ignobles.
« Comme lui non plus ne réagit pas au bâton rougi que je lui enfonce dans l’oreille, je réclame une coquille de clam avec laquelle je lui coupe deux doigts, et pour qu’il ne se vide pas de son sang, j’enduis les moignons sanguinolents de poix brûlante. »
Une horloge devient « capitaine de la Journée », poétique et mystificatrice, et nous redécouvrons :
« Il prétend même avoir tâté leurs vêtements qui ne sont pas faits de peau d’animal mais fabriqués par de vieilles sorcières qui, comme les araignées, produisent du fil que d’autres vieilles sorcières tissent. ».
Le courage et la force de la foi se livrent au milieu de la fureur, des puanteurs, de la misère la plus extrême:
« Seigneur, je crois bien que c’est la dernière fois que je verrai le soleil se lever sur cette terre que Vous avez créée, et je prie pour que Vous me donniez la force d’accepter avec dignité et en état de grâce, les souffrances que je suis sur le point d’endurer, car mon corps n’est que le vaisseau de mon âme. Et quand ce vaisseau se brisera, mon âme s’élèvera jusqu’à vous. »

1 commentaire:

  1. Ça a l'air très intéressant, merci. Je vais voir à qui le roman ressemble en anglais.. Merci.

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