Je connais de nombreux amateurs qui se désintéressent d’un
championnat déséquilibré depuis que les finances ont aboli la glorieuse
incertitude du sport. Mais le plaisir d’un gône avec ses nouvelles chaussures à
crampons ne s’abolira pas dans les touffeurs quataries.
Nos conversations à propos de la politique se sont raréfiées,
les rangs des lecteurs de journaux se sont clairsemés. L’hystérie des réseaux
sociaux, les outrances de certains commentateurs, fatiguent les citoyens les
plus attentifs.
Si je fais coïncider la date de mes vacances de jadis avec
la suspension de mes abonnements papier, c’est pour retrouver avec plaisir un
rituel qui réactive une attention plus approfondie aux évènements du monde, bien
que j’ai continué quelque peu à céder aux séductions des magazines.
Ainsi ces réflexions de Kamel Daoud dans Le Point voyant un
jeune parmi la foule dansant après la victoire de l’Algérie sur le Nigéria en
coupe d’Afrique des nations :
« Ce corps me
fascine, il est l’expression d’une contradiction insoutenable : ce même
jeune ira prêcher Dieu, ou la « femmophobie », ou la pureté, mais son
corps, à la première victoire de football, le trahira, dansera. Je me dis que
la religion, c’est quand l’âme enveloppe le corps et que cette âme est déjà
morte depuis de siècles et qu’il n’en subsiste que les pierres des temples et
des interdictions de jouir. Cette joie là, nue et désordonnée, fait aussi peur,
car elle suppose un saccage et un désordre nécessaires. Ces millions de jeunes
sans corps et dont la vie est sans issue sont la grande misère de ces
géographies, sa force dilapidée. On les verra aller mourir ou se radicaliser.
On les verra choisir le paradis et pas la tendresse, le ciel et pas une
histoire d’amour, une chaloupe et pas une maison. »
Déplier les pages d’un journal qui ont coûté des arbres,
permet de distinguer information et interprétation, caricatures et avis
contradictoires. A nous de choisir, d’exercer notre liberté.
Nos machines où se poussent nos pouces, font de la mousse, tout
en nous impressionnant tout autant que des
bébés de moins de deux ans.
Ainsi imbibés nous sommes devenus inattentifs et impatients,
glissant vers l’imbécillité.
On avait cru révérer quelque déesse de la sagesse et c’est
Morphée qui a ouvert un œil et l’a
refermé, fatiguée des métaphores à la chaîne, elle s’avoue vaincue par les
tweets des maîtres du réel.
Me défendant de cultiver comme une distinction celle de
lecteur persistant, je me garderai aussi de rabâcher « c’était mieux
avant ». Où va l’avant ?
J’essayerai seulement de garder comme un talisman le pouvoir
de m’émerveiller en captant chez ce petit garçon qui entame son premier match, un
peu de sa hardiesse, de son énergie, de son envie de bien faire.
.......
Mais il faut de la patience: en ce moment, les journaux sont livrés avec retard.
Alors je poste après coup, ce dessin pris dans "Le Soleil" qui parait au Québec repris dans Courrier International.
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Mais il faut de la patience: en ce moment, les journaux sont livrés avec retard.
Alors je poste après coup, ce dessin pris dans "Le Soleil" qui parait au Québec repris dans Courrier International.










