vendredi 15 mai 2026

Le grimpeur et le grognard. Régis Debray Sylvain Tesson.

L’un a joué avec l’histoire, l’autre parcourt la géographie.
Leurs échanges nourrissants, bien écrits, permettent d’aller au-delà des contrastes entre droite et gauche, individuel et collectif.
L’un vient d’un climat « continental sec », l’autre du « tropical humide ».
Ils connaissent bien ceux qui s’approprient le rôle de « procureur du passé » et les « inquiets de l’avenir », ceux qui « se contentent du monde et ceux qui rêvent de l’augmenter. » 
Pleinement dans les débats du siècle, ils donnent à partager une culture venue de loin dans le temps et l’espace et nous nous régalons.
J’avais déjà établi de nombreux liens avec le grognon retrouvé chaque fois avec jubilation, 
 et chroniqué quelques livres du solitaire omniprésent sur les écrans et les écrins de papier.
« Les rivalités politiques ne s’expriment plus par un choc de Titans sur un champ de bataille. Elles infiltrent le corps individuel et social, la santé, le média (vous le savez mieux que quiconque). Elles percolent dans le réseau social, les systèmes administratifs, économiques, électroniques. Les Erinyes* s’immiscent. »
Faut-il souligner le respect qui n’empêche pas l’ironie entre les deux hommes de générations différentes mais aux intelligences accordées ? 
« Le salut de nos semblables ? C’était un peu trop large.
Mais heureusement, on rétrécit en vieillissant. Vous verrez, on en rabat. » 
Et même si des questions posées par l’un demeurent sans réponse, c’est qu’il y a tant à partager, à argumenter. 
 « Je distingue la technique de la technologie. La première prolonge ma main pour répondre à mon désir. La seconde arraisonne mon esprit pour devancer mes besoins. »
86 pages précieuses. 
 
* Erinyes : « Déesses infernales » mythologiques.

1 commentaire:

  1. Ça a l'air bien, et 86 pages n'est pas trop pour quelqu'un qui préfère rêvasser à lire maintenant (moi).
    Pour les Erinyes, un souvenir : il y a longtemps j'étais à un colloque de savants qui s'exposaient sur "L'Orestie". Il y avait une psychanalyste qui avait fait un exposé où elle avait complètement passé à la trappe la fin des "Eumenides" d'Eschyle où Athéna, après avoir donné sa voix pour trancher en faveur d'Oreste lors de son procès par les citoyens, propose aux Erinyes de protéger les femmes qui accouchent DANS LA CITE. Au moins Athéna sait que les Erinyes ont besoin de mettre leur énergie dans la protection des femmes LORS DE L'ACCOUCHEMENT pour la dévier de pourchasser et détruire tout et tous qui se trouvent sur leur chemin ?
    Hmmm. Trop peu de femmes qui accouchent, par exemple, laisse pas mal d'énergie d'Erinye non employée à cette protection d'Eumenide, et libre de s'employer dans la chasse et la destruction.
    Mauvais plan pour tous (et toutes).
    J'ai trouvé cela malheureusement significatif que l'attention de cette psychanalyste ait été réduite à l'activité du procès CITOYEN (l'importance duquel Eschyle avait nuancé en précisant que le vote ne permettait pas de décider de toute façon), sans voir la dimension religieuse au delà du cadre de la justice.
    Les Athéniens, même démocrates, étaient religieux.
    Regis Debray grognon/grognard ? Je compâtis...

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