samedi 20 juin 2026

Les écoles normales primaires de l’Ardèche. Elie Reynier Louise Abrial.

Mon collègue DDEN (Délégué Départemental de l’Education Nationale) a trouvé dans une brocante cet ouvrage de 1945, imprimé sur un mauvais papier comme les auteurs méticuleux le précisent eux-mêmes dans des notes annexes fort instructives.
Je pensais jeter un coup d’œil distrait sur ces 130 pages avant de les transmettre à une autre enseignante qui fut enseignée par sa mère et son père dans leur école publique où persistaient sûrement le souvenir de feux allumés par des femmes au début du XX° siècle pour « purifier l’air et le sol » après le passage d’un député républicain.
Une jeune institutrice n’avait pas renoncé lorsqu’elle avait été nommée dans la plus vilaine des masures du hameau:
«On n’y voit plus à trois heures de l’après-midi : 
fermez vos cahiers, approchez-vous, et chantons. Et les voilà heureux. » 
Avant que Jules Ferry en 1879 impose une Ecole normale de filles et une de garçons dans chaque département, Guizot avait préparé le terrain dès 1833.
Il est bon de revoir les pères fondateurs de l’école dont Ferdinand Buisson qui pensait que le rôle de l’école laïque était de  
« prendre l’être humain pour lui donner l’idée qu’il faut penser par lui-même ; 
qu’il ne doit ni foi ni obéissance à personne, que c’est à lui de chercher la vérité et non pas à la recevoir toute faite, d’un maître, d’un chef, quel qu’il soit, temporel ou spirituel. »
Les élèves-maîtres se levaient à quatre heures du matin pour des apprentissages du système métrique et autres prières, greffes et herbiers, calligraphie ; la pédagogie préparait à l’enseignement mutuel.
Les auteurs récusent le jugement que ces lieux de formation, vus comme des foyers communistes, vivaient en vase clos.
Deux mois avant sa mort sur le front pendant la première guerre un instituteur a écrit: 
« Fortifions nos impatiences de « mécontents » en mal de mieux être social de l’espérance que le « matériel humain » ne nous aura pas été trop gâché, sali, encanaillé. » 
En 1940 le régime de Vichy a supprimé les Ecoles normales,
elles sont rétablies à la Libération en 1944.
En 1990, les E.N. (écoles normales) sont remplacées par les IUFM auxquels succèdent les Écoles supérieures du professorat et de l'éducation (ESPE) en 2013.

1 commentaire:

  1. Très instructif, merci.
    On voit... que ceux qui bénéficient peut-être le plus de ce bel idéal ne sont pas ceux qui reçoivent l'instruction, mais ceux qui le donnent. Cela ne veut pas dire que les deux ne peuvent pas bénéficier de quelque chose, surtout quand la société au sens large PORTE le projet et permet à ceux qui donnent et ceux qui reçoivent de sentir toute la valeur de l'instruction.
    Mais "le matériel humain gâché, sali, encanaillé" par d'autres avant de passer entre les mains de ceux qui doivent rendre autonome ?? Déjà ça sent le gâchis...
    Dans une de ses phrases réduites à la propagande, Jacques Lacan disait que "la guérison vient de surcroît". Pour moi, ça veut dire que quand on fixe les yeux droits sur UN objectif, quitte à y arriver par tous les moyens, et surtout... la force, "on" n'arrive pas à son objectif.
    Et ça... je l'ai appris dans la Bible, pardi, dans la prière d'une femme au foyer : "Par la simple force, nul ne prévaudra".
    Lumineux. Et la femme au foyer qui l'a dit pour la postérité n'était pas.. institutrice.

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