Difficile d’être plus haut dans mon estime, et pourtant ce sont
encore plus d’émotions profondes remuées par la justesse des mots que m’ont
procuré ces 170 pages.
La gratitude vient après l’excitation.
« La mère ne
veut pas lâcher la ferme qui est le lot du fils et leur raison de vivre à eux,
les parents. La ferme leur fait honneur et devoir à eux, les trois ; pour
la mère, la sœur n’a rien à voir là-dedans, la sœur vit et a toujours vécu sur
une autre planète. »
Comme l’auteure qui sait pourtant si bien dire, la sœur de
Gilles, partie à la ville, ne peut infléchir le cours de la vie désespérante de
son frère fâché avec son père. Pourtant la parisienne aime la rivière et ces
bois, ces champs où le garçon est emprisonné.
« Elle
calcule ; depuis 1992, dix-huit ans ont passé dans le monde et dans la vie
de son frère à la ferme, dix-huit ans avec les parents, sans se parler, sans se
regarder, dix-huit ans, d’abord avec un ouvrier et ensuite sans ouvrier, seul
avec le père et la mère pour faire face à tout, traire, soigner les bêtes,
fabriquer le saint nectaire, entretenir les terres et les clôtures, faner,
s’occuper des machines, des formalités, de la paperasse. »
Dans ce précieux livre, la pudeur accompagne une
compréhension intime de chacun des protagonistes qui seront familiers aux
natifs de la campagne, sans qu’un trait trop appuyé ne les caricature pour
prétendre au tableau pittoresque.
Nous avons le cœur serré, suffoquant dans l’étable où un
troupeau se décime : il n’y a rien à faire.
Si ! Aller à la librairie, pour 20 € moins 10 centimes,
pour approcher la vérité de la tragédie humaine et partager les mots qui nous tiennent
à la surface de la vie.

J'ai acheté le livre. Je crois que je vais le lire ; je vais essayer. Cela m'est difficile de lire maintenant que l'écrit nous submerge tous, que tout le monde (y compris moi...) doit écrire. Mais le livre me déchire déjà, sans l'avoir lu. Le problème est que nous devons manger. Les gens dans les villes qui vont dans les soirées, qui vont au cinéma, qui rechignent à l'idée de tuer un poulet, mais qui aime bien manger du poulet doivent manger. Donc, il faut des gens pour leur permettre de manger. A un certain niveau, c'est un problème très ras-les pâquerettes, très basique.
RépondreSupprimerIl y a des détails de la modernité qui ont commencé à me frapper maintenant : comment nous décrétons si rapidement qu'un travail est mécanique et répétitif. Sur quelles bases décrétons-nous cela ? Comment se fait-il que nous voyons si peu le monde maintenant que tout finit par nous paraître mécanique et répétitif ? Non ? Je dis que cela se passe parce que nous avons pris l'habitude décervelée de nous balader avec nos yeux à la surface du monde, sans nous... ATTARDER pour regarder vraiment bien. Ce qui est certain, c'est que plus il faut, nous devons, nous pensons devoir, aller vite, vite, vite, moins nous voyons du monde. Il s'agit d'une réalité presque tangible, là. Et puis.... fut un temps où le corps social, le précieux corps social, avait bien plus de respect pour le LABOUR que ce que nous avons à l'heure actuelle. "Labeur"... le mot qui rapproche le TRAVAIL de la femme et le travail aux champs. Un précieux rapprochement que nous avons balancé, tellement nous avons voulu, et voulons encore que la croissance soit celle de la productivité de la fourmilière.