samedi 25 avril 2026

La Petite Bonne. Bérénice Pichat.

Avec ce livre original, la littérature m’apparaît comme un réverbère allumé dans la nuit quand le récit de la rencontre d’une boniche et d’une gueule cassée de la première guerre dans les années 30 pose des questions toujours à l’ordre du jour sur la condition des femmes, les classes sociales, la mort, la musique…
Les personnages incarnés puissamment dispensent l’écrivaine institutrice de distribuer des leçons, à son premier roman.
Les formes d’écriture mêlant vers et prose dans un rythme haletant donnent une force inédite à ces 265 pages où chaque mot est pesé : Petite et Bonne portent une majuscule. 
« Et elle
dès que cela a été possible
elle a vécu avec son homme
à la colle
dans une mansarde plus étroite encore
que celle qu’ils occupent maintenant
La plupart du temps
il est gentil avec elle
alors ça va
Il faut juste pas qu’il boive un coup de trop
Elle espère bien
qu’ils auront
un jour
plus grand que leur mansarde
Une pièce en plus où dormir
sinon tant pis » 
Disparaissant dans le décor, la jeune servante épuisée par un travail qu’elle s’applique à accomplir va parvenir à « domestiquer » le maître ancien pianiste amputé dont elle a la charge pendant trois jours. 
Il a incité sa femme qui consacre sa vie à le soigner à partir chez une amie à la campagne. 
« Mozart malade avait rédigé dans l’urgence sa propre messe d’enterrement. 
Lui vit depuis trop d’années comme s’il était déjà parti. 
Il doit réussir à se débarrasser de ce corps pesant. »

1 commentaire:

  1. "Ce corps pesant".... en voilà un sujet d'interrogation. Je me souviens d'avoir lu il y a des années une réflexion de Leonardo sur le peu de grâce des corps déjà modernes ? qu'il voyait autour de lui. Le corps moderne.. pèse. Généralement il pèse LOURD, comme tout le reste de la modernité pèse lourd. (Oui, c'est une grosse généralisation, mais réfléchissez, ça tient bon, et c'est juste.) Pendant des années je me suis désespérée de trouver que je pesais... lourd, trop lourd, sans être grosse, d'ailleurs. Que dirait Simone Veil là dessus, elle qui a écrit "La pesanteur et la grâce" que je n'ai pas lu, et ne lirai probablement pas ?
    De l'incontournable de peser, en tant que corps. Surtout pour tous ceux d'entre nous qui rêvent d'être de purs esprits, car nous savons que les esprits ? Ça pèse, un esprit ? Comment est-ce que ça pourrait peser ?...
    Bon, je crois qu'il y a tout un art de peser... juste ce qu'il faut, sans peser lourd, mais sans être un PUR esprit. Etre un.. "pur" n'importe quoi m'inspire une sacrée méfiance maintenant, de toute façon. Je ne dirai pas que j'ai découvert exactement comment il faut faire pour peser juste ce qu'il faut, mais je vois que je suis en très bonne compagnie à continuer à errer... en cherchant. Heureusement que les instruments de musique sont là pour permettre d'affiner ces recherches. Ils sont un terrain de prédilection pour poser les problèmes. On se souviendra qu'il ne faut pas se tromper de cadre, de lieu pour poser certains problèmes. Il ne faut pas s'attendre à trouver de bonnes réponses dans de mauvais cadres, par exemple. Ça... c'est scientifique...

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