mercredi 21 novembre 2018

Au nord de la Moselle.

Pas loin du Luxembourg la cité médiévale de Rodemack ne mérite pas tellement son surnom de « petite Carcassonne lorraine » pas plus que le label qui situe le village parmi les plus beaux de France.
Tout de même, le domaine seigneurial du XII° siècle, ne manque pas d’intérêt. Edifié à l’emplacement d’une abbaye, il fut  transformé en forteresse au  XIVe siècle. Cet endroit stratégique adossé à une falaise fut disputé par les Français, les Espagnols et les Prussiens.
Finalement ses pierres servirent à des constructions plus civiles, aujourd’hui la citadelle et ses 700 mètres de murailles percées de bouches à feu est en réfection. Une grande bâtisse à l’entrée avec sa cloche attend son tour, alors que l’église a été restaurée ainsi que l’écurie d’à côté qui devint boulangerie puis menuiserie.
Belle vue sur Cattenom la deuxième centrale nucléaire de France.
Au hasard de la route, arrêt au Café du soleil à Soetrich où sont installés des casiers numérotés destinés à recevoir quelques économies des habitués. Le dépôt doit être régulier sous peine d’amende. Cette épargne collective de tradition mosellane est déposée sur un compte bancaire associatif.
« Viens petite bourgeoise demoiselle
Visiter la plage aux de Wendel
Ici pour trouver l'Eldorado
Il faut une shooteuse ou un marteau
La vallée d'la Fensch ma chérie
C'est l'Colorado en plus petit »
Malgré Lavilliers et des souvenirs de « Lorraine cœur d’acier » nous ne nous attardons pas à Hayange dirigé maintenant par le R National , le temps de quelques photographies des hauts fourneaux arrêtés depuis 2011.
A Neufchef après un repas pris au musée des mines de fer, nous mettons le casque et nous nous habillons chaudement pour suivre le guide ancien mineur qui se montre excellent pédagogue.
Le minerai, « minette », avait une teneur en fer assez faible si bien que la dernière mine a fermé en 1997 à Audun-Le-Tiche.
Mais auparavant que de travail dans des conditions dantesques, depuis le paysan embauchant sa famille en hiver pour extraire quelques cailloux, jusqu’au Diesel parfumé à la citronnelle qui a supplanté dans un dernier temps l’électricité pour alimenter les engins de transport! Les rats d’abord indésirables, quand des chevaux étaient installés dans leurs stalles, avaient été jugés par la suite comme de fiables lanceurs d’alerte pressentant les éboulements.
A travers l’évolution des engins destinés à transporter le minerai, les différentes façons de manier les explosifs, l’évolution des notions de sécurité, nous révisons que notre société ne s’est pas bâtie seulement dans les salons ni les studios.
Autrefois le mineur achetait son bois pour boiser, les explosifs, la mèche. Les amendes étaient fortes pour tout manquement : jetons oubliés d’être remis à la sortie… les tricheries réprimées : vols de wagon, surcharge des chevaux…
Au pays des « gueules jaunes », le musée organise désormais des anniversaires pour les enfants.

mardi 20 novembre 2018

La revue dessinée. Automne 2018.

Lecteur fidèle du trimestriel qui est à la BD, ce qu’est « XXI » au reportage ou « 6 mois » à la photographie, ces trois revues étant maintenant acoquinés, j’avais loupé celui de l’été, mais pas ce numéro 21. 
Les différents chapitres entrent dans la complexité lorsqu’il est question de savoir si l’énergie est plus verte chez nos voisins allemands, ou lors d’un reportage en Nouvelle Calédonie à travers l’histoire de jeunes sans repères.
Au-delà d’évènements spectaculaires qui sont notre lot quotidien,  c’est très intéressant de connaître par exemple les tendances du management visant à sous noter des collaborateurs pour mieux les virer. Elles tranchent avec une disparition annoncée des notes à l’école : les continents s’éloignent. Comment les potaches assoupis sous une bienveillance démotivante supporteront-ils une compétition exacerbée?
Lorsque c’est « l’hôpital qui se fout de la charité », la tarification à l’acte qui devait améliorer l’équilibre budgétaire des hôpitaux ayant tourné à une course à la rentabilité, des changements sont envisagés qui prendraient en compte un parcours de soin.
L’artificialisation de nos campagnes à travers la montée en puissance des multinationales de semences sera-t-elle freinée par ceux qui travaillent à des alternatives ?
Une goélette chargée de scientifiques pourra-t-elle redonner des couleurs aux coraux qui meurent ?
Les décryptages sont toujours pertinents :
de la photo d’une femme courant un marathon, agressée par un  organisateur
ou du film culte « La bataille d’Alger » de Pontecorvo.
Des rappels de l’histoire sont utiles :
le vote des femmes,  
ou un retour sur l’affaire Cahuzac, qu’en est-il de la lutte contre l’évasion fiscale ?
Cette fois la séquence consacrée au sport concerne le quiddich (Harry Potter), avec bâton en guise de balai, quant au Yoga, son succès lui a-t-il fait perdre son âme ?
Comme d’habitude, je n’ai aucune idée de ce que fut Cosey Fanni Tutti qui est à l’honneur de la rubrique : Face B.
L’empire du soleil couchant est au sommaire du prochain numéro, à ne pas louper.

lundi 19 novembre 2018

En liberté. Pierre Salvadori.

La présence de l’auteur dans une salle de la Bocca, loin de la Croisette où se croisent tous les critiques, vécu comme un hommage à l’association Cannes Cinéphile, constitue un plus dans l’appréciation déjà très favorable que j’avais de cette comédie. Les intentions du réalisateur qui est apparu à la fois modeste et ambitieux, sont parfaitement concrétisées.
La fiction est vitale pour surmonter la mort, remettre en cause les images des hommes les plus considérables, fussent-ils pères. Qu’il est bon de rire à des zozotements régressifs, ou à des gags récurrents quand un meurtrier vient avouer son crime et n’est pas entendu par les enquêteurs, ou lorsque des vigiles rivés aux écrans se mettent à verser une larme d’émotion. Le casting est prestigieux, les péripéties rythmées, le découpage efficace.
La violence parodique nous répare de bien des brutalités avec des rituels sado maso qui deviennent une mine pour pouffer. Des moments poétiques nous confortent dans nos goûts pour la littérature, alors que la légèreté s’oublie, à être trop proclamée dans tant d’autres productions. Les retrouvailles d’un jeune fraîchement sorti de prison avec Audrey Tautou  lui demandant de rejouer son arrivée est un grand moment de cinéma, chaleureux, simple, délicat

dimanche 18 novembre 2018

Spectacles pour enfants.

Bestiaire végétal. Colectivo Terrón.
Il a fallu que j’aille à Lyon pour découvrir une troupe basée à Grenoble comme son nom ne l’indique pas. Dans la cadre magnifique du TNG (Théâtre nouvelle génération), un théâtre qui ressemble à un théâtre, j’ai beaucoup apprécié leur spectacle qui renverserait volontiers la proposition destinant, jadis, des mièvreries aux enfants; ces 50 minutes bien adaptées à des petits, peuvent ravir aussi les adultes.
Nombre d'offres artistiques pour les grands sont bien moins subtiles que celles que je viens de voir avec mes deux petits enfants.
En jouant avec des feuilles sur le chemin du Théâtre après avoir pris le métro jusqu’à la station Vaise, ils se sont mis dans l’ambiance, puisque sur scène attendait une violoncelliste à côté d’un tas de feuilles. Celui-ci va s’animer et rencontrer un tas de foin laineux également surprenant, puis les danseurs vont s’emparer de cannes, de tiges, en exploiter toutes les sonorités et les figures avec roseaux jaseurs et osiers rusés. La poésie des créateurs part de l’univers des enfants et prolonge leur imaginaire : les fibres qui tissent les paniers sont bien exploitées, sous de belles lumières avec des inventions rigolotes et enjouées. Ces matériaux primaires sont primordiaux, bruts, ils sont doux. Quel plaisir quand le respect des gônes évite la démagogie sur un terrain où elle prospère, les fait grandir sans les surplomber et ravit tous les âges. J’ai pensé, décidément ces espagnols, ils sont justes, en souvenant d'« Intarsi » une autre réussite…c’était des catalans, http://blog-de-guy.blogspot.com/2017/09/au-bonheur-des-momes-2017.html et eux sont basés … quai de France. Vive l’Europe !
Euraoudzeweurld. Merlot.
Trop vieux pour aller dans la fosse, il a fallu un concert « Bambino » pour me rendre à la « Belle électrique », accompagner de jeunes enfants.
La promesse est tenue d’un voyage en musique autour de la terre, du Liechtenstein au Bangladesh en passant par la Chine, le Mexique, l’Arctique, éprouvant le vent et arpentant la savane, rencontrant même un dictateur…
Se voulant comique, la prestation des trois musiciens se situe loin du loufoque Bobby Lapointe, subtil et original dont l’influence est pourtant très visible. Ces 50 minutes sont musicalement variées et bien exécutées, mais les liaisons entre les chansonsqui accumulent les clichés sont laborieuses avec les sempiternelles caricatures de l’école : 
la maîtresse disgracieuse-qui-n’aime-pas- les-enfants et le bon élève insupportable qui veut être le chef, sauf que celui qui le malmène est bien plus autoritaire : toute ressemblance… En voyant ces deux spectacles à une semaine d’intervalle, cette production française m’a parue encore plus déclamatoire et démagogique. Un spectacle engagé pour des adultes aussi lourd soit-il, ne me gène pas, comptant sur l’expérience, le sens critique du public ; vis à vis des enfants, je suis mal à l’aise comme lorsqu’ils utilisés comme porteurs de pancartes dans les manifs.

samedi 17 novembre 2018

Un monde à portée de main. Maylis de Kerangal.

Le charme et la force de l’auteur de « Réparer les vivants » continuent à faire leurs effets
http://blog-de-guy.blogspot.com/2015/10/reparer-les-vivants-maylis-de-kerangal.html alors je me suis précipité sur les 285 pages de son nouveau roman documenté qui a mis quatre ans pour voir le jour.
 « …blanc de zinc, noir de vigne, orange de chrome, bleu de cobalt, alizarine cramoisie, vert de vessie et jaune de cadmium… » 
Le monde des peintres de trompe-l’œil décrit avec la minutie habituelle de l’écrivaine en chef peut sembler très spécial : nous passons d’une école Bruxelloise à divers chantiers en Russie, à Cinecitta , à Lascaux. Et grâce à l’élégance de l’écriture et l’empathie de l’auteur avec ses personnages, nous  retournons à l’enfance de l’art, pénétrons au cœur de notre temps, des images, du roman, du réel, des passions. Et du fracas ! 
Le rappel d’un évènement qui a modifié ma vision du monde m’a fait un effet de flash, mais je ne peux le divulguer, pour que le lecteur ait une révélation semblable à la mienne. 
Quelques  lignes suffisent pour donner une profondeur supplémentaire à une histoire d’amour qui va finir par se parer de tous les atours de la peinture :
 « comme s’ils se peignaient l’un l’autre, comme s’ils étaient devenus des pinceaux et s’estompaient, se frottaient, se râpaient, se calquaient, relevant les veines bleues et les grains de beauté, les plis de l’aine et l’intérieur des genoux… »
Le scénario sans aspérité permet de mieux percevoir l’intensité d'une quête de la vérité par trois jeunes. Leurs mœurs peuvent dérouter les vieux papas, mais ceux-ci se rassureront en considérant la finesse que leurs enfants mettent en œuvre pour aborder la vie.
« Paula commence à peindre, condense en un seul geste la somme des récits et la somme des images, un mouvement ample comme un lasso et précis comme une flèche, car l'écaille de la tortue contient à présent bien autre chose qu'elle-même, ramasse les genoux écorchés d'une fillette de cinq ans, le danger, une île au fond du Pacifique, le bruit d'un œuf qui se lézarde, la vanité d'un roi, un marin portugais qui croque un rat, la chevelure ondoyante d'une actrice de cinéma, un écrivain à la pêche, la masse du temps et sous des langes brodés, un bébé royal endormi au fond d'une carapace comme dans un nid fabuleux. »
Pour qui aime la peinture et la littérature, qui ont décidément à voir ensemble, le plaisir sera double.

vendredi 16 novembre 2018

Rire jaune.

Les assassinats de Wolinski et du Grand Duduche ont éteint l’insouciance et les sourires :
le second degré est mort.
Ça rigole plus, malgré tout ça râle, ça raille sans cesse.
Certes la férocité était de mise à Charlie et les caricaturistes s’en donnaient à cœur joie, mais depuis, la prise de distance permise par l’humour a été abolie.
Le pas de côté, le recul, passent pour un surplomb insupportable.
« Les lois de l'humour sont très sévères : on ne peut pas se moquer des victimes, des noirs, des homos, des musulmans, des juifs, des handicapés...
moi je dis : de qui se moque-t-on ? » Philippe Geluck
C’est désormais au pied de la lettre que  s’expriment les opinions, de préférence sans nuances.
Une des variantes du « c’était mieux avant » regrette qu’aujourd’hui Guy Bedos ne pourrait dire : «  saaaalope ! », pendant que la violence des opinions empilées sur les réseaux haineux se déchaîne sur fond de ricanements à chacun de nos réveils radiophoniques.
La mauvaise foi appelle le pléonasme dans les débats charpentés à la langue de bois.
Il en est jusqu’aux aléas climatiques qui sont portés au discrédit du président de la République face à des Gaulois  appelant sans cesse au changement et bloquant tout changement, ils n’entendent que ce qu’ils veulent entendre.
Parlant des causes de la guerre de 14 (1914), Danièle Obono (LFI) :
«  Emmanuel Macron ne comprend pas que les politiques qu’il mène aujourd’hui ont mené à ce grand massacre. » C’était dans le Canard enchaîné dans la rubrique « Le mur du çon ».  
« # pas de vague » vint clapoter un court instant au bord des éditos, mettant en évidence l’indifférence de l’administration, son manque de courage. Cela vient de si loin, depuis que le politiquement correct a enrobé d’euphémismes toute mise au jour de violences qui s’expriment dans l’école.  
Dans les stades du développement de l’individu, l’étape de la symbolisation semble avoir été grillée, lorsqu’un « étudiant » bénéficie d’un succès viral ahurissant en appelant à une « purge » sanglante à l’occasion d’Halloween. L’individu confondant virtuel et réel n’était vraiment pas seul : «  c’était pour rigoler ! ».
Les bras vous en tombent et la commissure des lèvres s’affaisse un peu plus.
La mobilisation revêtue de gilets jaunes aux accents complotistes siphonne des réservoirs malodorants. Le vécu réellement difficile des automobilistes, entre temps perdu dans les embouteillages et coût des transports, s’hystérise grâce aux communications dématérialisées.
Ils vont créer des bouchons. 
Des politiques qui sont allés aux écoles courent après toutes les colères. Ils ne pourraient être que pathétiques si toute cohérence n’était abolie quand certains prétendaient consentir à l’impôt et souhaiter une planète moins étouffante. Ségolène, puisque l’écologie ne doit pas être punitive : ne nous inflige pas ta candidature ! 
Les inlassables donneurs de leçons devraient s’interroger sur ce qui les amène à être en gênante compagnie, plutôt que de jouer les gazelles effarouchées.
Mais comme le gréviste qui ronchonne contre les grévistes d’une autre corporation, j’en arrive en regrettant la perte de l’humour chez mes pairs à perdre le mien, d’humour.
« S'il est vrai que l'humour est la politesse du désespoir, s'il est vrai que le rire, sacrilège blasphématoire que les bigots de toutes les chapelles taxent de vulgarité et de mauvais goût, s'il est vrai que ce rire-là peut parfois désacraliser la bêtise, exorciser les chagrins véritables et fustiger les angoisses mortelles, alors oui, on peut rire de tout, et l'on doit rire de tout : de la guerre, de la misère et de la mort. »
Pierre Desproges
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L'image ci dessous également prise dans l'hebdomadaire "Le Point" était légendée: 
" Regarde, c'est lui là-bas, en noir et blanc."



jeudi 15 novembre 2018

Expositions de novembre.

Jusqu’au 18 novembre à Rives de 14h à 18h tous les jours, est installée la 7° biennale de l’art partagé . La diversité permise par la présence de 64 artistes est revigorante même si beaucoup de figures humaines représentées ici sont en guerre, dans des recherches souvent douloureuses.
La virtuosité, le soin apporté aux travaux nous consolent de bien des propositions vaines de l’art contemporain. Il s’agit plutôt d’art brut : dessins, sculptures, gravures, céramiques, tissus ont de la place pour être présentés dans le bâtiment François Mitterrand au parc de l’Orgère.
C’est toujours contrariant  de ne pas être autorisé à prendre des photos, mais vous pourrez vous faire une idée sur le site d’Oeil Art  https://oeilart.com/art-partage-2018-rives.
Ce petit détour au-delà de la Porte de France nécessitera la combustion de quelques litres de Diesel, mais surprendra davantage que le mois de la photo qui se tient  à l’ancien Musée de peinture  Place Verdun à Grenoble.
Les portraits de famille de Viktoria Sorochinski sont vivants et les regards échangés par ceux qui ont pris la pose sont expressifs. Les prisonniers italiens dont la série évite le misérabilisme sont dignes. La vidéo d’une foule où se mêlent images fixes et mouvantes est troublante. Mais il n’y a guère de surprises
« Cette installation cherche à introduire la dimension temporelle dans l’image photographique » le temps n’est-il pas l’essence même de la photographie ?
« Elle suggère une forme d’écriture … comme si une nouvelle langue voulait raconter les milles façons d’habiter le monde ». Les mots d’accompagnement peuvent parfois paraître démesurés.
A la galerie « L’art et la raison » rue Bayard, jusqu’au 10 novembre, Claude Blanc-Brude,  renouvelle complètement sa façon de travailler. 
Je préférais ses rondeurs et sur le thème des rapaces, il introduit une géométrie qui peut laisser penser parfois aux tableaux à fils qui envahirent les écoles dans les années 70.
Il gratte et multiplie les lignes explorant les  mystères du vol.
Ces faisceaux de traits suspendent-ils celui du temps qu’il affronte en jouvenceau ?
La créativité se moque de l’ennui et des pontifiants, elle donne des airs d’éternels printemps à nos temps incertains.