mercredi 16 septembre 2026

Touristes.

Respectueux de mes propres coutumes, je me remets à l’établi où en bon radoteur, je me promets de raboter mes textes.
Revenant de l’estive en Italie où je me sentais chez moi,  je ne me reconnais pas toujours dans ma patrie qui se néglige.
Après la Ligurie, mes pas me ramènent vers les bancs des squares dauphinois, quelques miroirs tachetés et des écrans bleutés. 
« Le voyageur voit ce qu’il voit, les touristes voient ce qu’ils sont venus voir » 
G.K. Chesterton   
Comme il y a belle lurette que l’école et l’église ne sont plus au centre du village, 
les loisirs, au-delà des intérêts de l’industrie hôtelière, donnent le tempo, modifient les mentalités, construisent une société ludique, muséale, pour des emplois de services, sur fond de friches industrielles vouées à devenir des Escape games.
Des intermittents du spectacle y rejouent le passé batailleur d’une Europe devenue tellement pusillanime.
Nous avons du mal à nous supporter.
Une photo d’une foule assemblée à la Croix de Chamrousse pour regarder l’éclipse surmontait une légende méprisant « le troupeau » auquel appartenait le photographe derrière son objectif. Le badaud s’oublie parmi les badauds.
Dans nos albums, témoins de nos voyages, aux pages collées entre elles, qui saura pour qui est ce bouquet de fleurs déposé au pied d’un poteau ?
Touriste méprisant les touristes,  nous avons cherché les lieux célébrés tout en espérant être seul(s). 
L’autochtone peut se monter fier de sa ville, en tirer des bénéfices, mais être contrarié par tout ce monde, comme les aristocrates lorsqu’ils ont découvert les premiers bénéficiaires des congés payés envahissant leurs lieux de villégiature. 
« Je n’ai pas encore été partout, mais c’est sur ma liste. » 
 Susan Sontag
Paradoxes, absurdités et contresens.
Nous nous débattons, plutôt que de débattre, et nous nous retrouvons bien souvent en désaccord avec nous-mêmes.
Les contradictions s’exacerbent dans une France dont les habitants aiment tant dénigrer leur propre pays, première destination touristique. 
Heureusement les étrangers sont là pour assurer la plonge et l’enlèvement des déchets, ils ne font pas que torcher nos vieux. 
« De plus en plus de nos importations viennent de l'étranger. » 
George W. Bush

1 commentaire:

  1. Comme la vie est vraiment très étrange, il ne m'est venu qu'assez dernièrement qu'il se pourrait bien que nous SORTIONS d'un empire babélien qui ne peut plus tenir. Notre génération, et beaucoup d'entre nous, avons vécu un confort... invraisemblable, qui aurait paru incroyable à nos grand-parents. Nous avons la gueule de bois en nous réveillant d'un état de fortune qui était digne d'un conte de fées, non ? Cendrillon pour le plus grand nombre ? Mais depuis quand "Cendrillon" était... vraisemblable, même, et même si nous l'avons vécu, la sagesse (oui, rien de moins que la sagesse...) tend à démontrer à la longue que la roue de la fortune tourne, et... "mutatis mundi", etc.
    Je ne vais pas prétendre que cela me fasse plaisir, d'ailleurs, mais pas du tout. C'est même très inconfortable, et un véritable défi.
    Mais il est intéressant de pouvoir aimer les défis, et les reprendre pour soi. Défi de RAPPELER qu'il était une époque quand nous avions encore de la miséricorde pour les gens qui souffraient, et ne croyions pas qu'il fallait... surveiller et punir les plus fragiles, les plus lents. Une époque où nous ne croyions pas qu'il fallait être FORT et rouler les mécaniques (avec ou sans quelque chose dans la culotte...) pour réussir à tire son épingle du jeu. Et une époque où nous n'étions pas encore en train de nous dire qu'il fallait monter sur les épaules des gens qui se noyaient pour pouvoir éviter de SE noyer.
    "How have the mighty fallen". "Combien les puissants sont-ils tombés bas."

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