Respectueux de mes propres coutumes, je me remets à l’établi
où en bon radoteur, je me promets de raboter mes textes.
Revenant de l’estive en Italie où je me sentais chez moi, je ne me reconnais pas toujours dans ma patrie qui se néglige.
Après la Ligurie, mes pas me ramènent vers les bancs des
squares dauphinois, quelques miroirs tachetés et des écrans bleutés.
« Le voyageur voit ce qu’il voit, les
touristes voient ce qu’ils sont venus voir »
G.K. Chesterton
Comme il y a belle lurette que l’école et l’église ne sont
plus au centre du village,
les loisirs, au-delà des intérêts de l’industrie
hôtelière, donnent le tempo, modifient les mentalités, construisent une société
ludique, muséale, pour des emplois de services, sur fond de friches industrielles
vouées à devenir des Escape games.
Des intermittents du spectacle y rejouent le passé
batailleur d’une Europe devenue tellement pusillanime.
Nous avons du mal à nous supporter.
Une photo d’une foule assemblée à la Croix de Chamrousse
pour regarder l’éclipse surmontait une légende méprisant « le
troupeau » auquel appartenait le photographe derrière son objectif. Le
badaud s’oublie parmi les badauds.
Dans nos albums, témoins de nos voyages, aux pages collées
entre elles, qui saura pour qui est ce bouquet de fleurs déposé au pied d’un
poteau ?
Touriste méprisant les touristes, nous avons cherché les lieux célébrés tout en
espérant être seul(s).
L’autochtone peut se monter fier de sa ville, en tirer des
bénéfices, mais être contrarié par tout ce monde, comme les aristocrates lorsqu’ils
ont découvert les premiers bénéficiaires des congés payés envahissant leurs
lieux de villégiature.
« Je n’ai pas encore
été partout, mais c’est sur ma liste. »
Susan Sontag
Paradoxes, absurdités et contresens.
Nous nous débattons, plutôt que de débattre, et nous nous
retrouvons bien souvent en désaccord avec nous-mêmes.
Les contradictions s’exacerbent dans une France dont les
habitants aiment tant dénigrer leur propre pays, première destination
touristique.
Heureusement les étrangers sont là pour assurer la plonge et
l’enlèvement des déchets, ils ne font pas que torcher nos vieux.
« De plus en plus
de nos importations viennent de l'étranger. »
George W. Bush
Comme la vie est vraiment très étrange, il ne m'est venu qu'assez dernièrement qu'il se pourrait bien que nous SORTIONS d'un empire babélien qui ne peut plus tenir. Notre génération, et beaucoup d'entre nous, avons vécu un confort... invraisemblable, qui aurait paru incroyable à nos grand-parents. Nous avons la gueule de bois en nous réveillant d'un état de fortune qui était digne d'un conte de fées, non ? Cendrillon pour le plus grand nombre ? Mais depuis quand "Cendrillon" était... vraisemblable, même, et même si nous l'avons vécu, la sagesse (oui, rien de moins que la sagesse...) tend à démontrer à la longue que la roue de la fortune tourne, et... "mutatis mundi", etc.
RépondreSupprimerJe ne vais pas prétendre que cela me fasse plaisir, d'ailleurs, mais pas du tout. C'est même très inconfortable, et un véritable défi.
Mais il est intéressant de pouvoir aimer les défis, et les reprendre pour soi. Défi de RAPPELER qu'il était une époque quand nous avions encore de la miséricorde pour les gens qui souffraient, et ne croyions pas qu'il fallait... surveiller et punir les plus fragiles, les plus lents. Une époque où nous ne croyions pas qu'il fallait être FORT et rouler les mécaniques (avec ou sans quelque chose dans la culotte...) pour réussir à tire son épingle du jeu. Et une époque où nous n'étions pas encore en train de nous dire qu'il fallait monter sur les épaules des gens qui se noyaient pour pouvoir éviter de SE noyer.
"How have the mighty fallen". "Combien les puissants sont-ils tombés bas."