samedi 24 janvier 2026

La tentation artificielle. Clément Camar Mercier.

La découverte de cet écrivain original prend un caractère exceptionnel tant les nombreuses  annonces concernant la littérature convergent dans des directions nombrilistes convenues.
Les chercheurs de style seront comblés par la richesse, la variété, l’ironie du traducteur de Shakespeare qui va direct au cœur de nos préoccupations.
Il s’affale sur son canapé : 
« Comme la plupart de ses comparses sapiens, loin des splendeurs de la bipédie, poubellisé dans les cryptes de l’avachissement, Jérémie prenait un bain de lumière bleue, laissant les algorithmes le conduire par la main, égarant au passage la sève de la vie qu’est le temps vers la mort. »  
La recherche de rationalité du codeur passe par l’abbaye de Solesmes  après quelques épisodes où les rapports amoureux, familiaux et avec son propre corps sont explorés.
« … les moines ajoutaient de toute évidence un tréfonds spirituel, un au-delà de l’acte, imperceptible et évident. Leurs conduites mécaniques étaient sans l’ombre d’un doute guidées par une force supérieure. Il y avait donc un moyen que son œuvre fit sens. Il suffisait à Jérémie de se trouver un dieu. »  
Lui-même.
Dans ces 400 pages parfaitement documentées, nous avons droit à des révisions expressives de l’histoire de l’univers, des mécanismes du cerveau, des possibilités de l’Intelligence Artificielle, des inventions culinaires… et la liste de toutes les horreurs possibles causées par ces diables d’hommes.
Le violent combat prométhéen mené par le génial ingénieur interpellant nos addictions connait de rares moments de félicité : 
« Elle choisit les assiettes d’une époque où l’on se mariait et où l’on recevait des assiettes en porcelaine pour acclamer les promesses de l’amour. » 
Si ce livre avait été écrit par l'IA , je n'y ai vu que du feu, celui de la passion, humaine, tellement humaine.

1 commentaire:

  1. Je ne saurais pas dire pourquoi ça me met mal à l'aise... J'associe sur le temps que j'ai mis pour réaliser le meurtre que Descartes a commis en insérant son chapitre sur le coeur, comme organe-pompe, dans "Le Discours".
    Autre association, plus parlante, je trouve :
    Quand mon père, mort depuis très longtemps maintenant, était à la fac de médecine dans un pays lointain connu de l'auteur de ce blog, il avait entendu une histoire d'un prof à la fac de médecine qui, un jour devant son auditoire d'étudiants a exclamé "Messieurs, mon anévrysme vient de rompre ; je vous dis ""adieu""", puis il s'est effondré, mort.
    Je trouve cet incident non pas troublant, mais glauque, en me disant que j'espère que Dieu m'épargnera le... savoir de savoir ce qui m'arrive au moment de mourir, car j'espère que la mort viendra un minimum comme une surprise. Une des dernières surprises possibles dans notre monde que nous... planifions d'une manière glauque et terrifiante.
    Mon père n'est pas mort comme ça, ni ma mère. Pour eux, c'était la surprise, et pour moi aussi... Ouff. Maintenant, si seulement la mienne pouvait être une surprise... Prions.

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