samedi 22 septembre 2018

Un ciel rouge, le matin. Paul Lynch.

Whaou !
Deux morts violentes, très violentes, dès les premières pages et pas de répit jusqu’au bout des 285 pages.
Mais ce serait  réduire la force de ce premier livre à s’en tenir à cette comptabilité, car  avec un  style puissant, après avoir été plongé dans la tourbe irlandaise dégoulinante d’eau et de sang, et une traversée épique de l’Atlantique, nous voilà auprès de ceux qui construisent les voies des premiers chemin de fer aux Etats-Unis.
On disait : « prendre le dur » pour dire prendre le train : c’est rien de le dire.
Pour rendre compte de cette écriture palpitante, un extrait d’un des rares moments de grâce, lorsque revient une scène d’enfance,
« C'était un moineau, je crois, mais j'en suis pas bien sûr. On cavalait dans tous les sens, Jim et moi, on riait comme des fous. L'oiseau, il se cognait partout, il a renversé la vaisselle sur l'étagère, et il a foncé droit dans le carreau de la fenêtre, maman criait pour le faire partir, et le père l'a pourchassé, attends un peu, qu'il disait, on va l'avoir, je vous assure, là, doucement, et maman qui braillait, tue-le donc et mets-le dehors. Alors il l'a attrapé dans ses mains, vrai de vrai, il s'est approché pas à pas en respirant à peine et en faisant bien bien attention, et l'oiseau a fini par se rendre, le père l'a pris au creux de ses mains et l'a enveloppé, on voyait dépasser que la tête et le bec. Il l'a emmené dehors et il l'a relâché. »
La traque d’un homme appelle des images de western  et tient tendu le fil de l’attention, même si une efficacité toute anglo-saxonne fait descendre inévitablement les protagonistes dans les mêmes auberges enfumées et parfumées à l’urine.
Mes habitudes frenchies, qui aiment les détours, s’en trouvent déroutées.
Et bien qu’en ces milieux taiseux, les confidences écrites de l’épouse délaissée ou les digressions philosophiques du très méchant de service m’aient semblé artificielles, je n’ai pas boudé mon plaisir.
Une bonne rasade de whisky bien apre conviendrait parfaitement pour accompagner cette histoire forte du XIX° siècle.

vendredi 21 septembre 2018

Coach.

Je fus honoré jadis de l’appellation « maître » par laquelle me désignaient mes élèves.
Le mot sent le précepteur d’ancien régime, l’instituteur instituant,  le tuteur, il est désormais rayé de la carte. La désuète expression, bannie aujourd’hui des salles de classe et des cours de récréation, subsiste pour des adultes parmi les plus transgressifs qui aiment parfois s’accroupir.
Mauvaise fortune également pour le mot « entraîneur », désormais sur le banc, remplacé par « coach » forcément perso et globish. Celui-ci aurait pu regagner vigueur, depuis que Dédé s’est finalement bien débrouillé avec ses stars dont les ego menaçaient notre devise déclinée le temps d’une fête en : « liberté, égalité Mbappé ».
Qu’en est-il de ces mentors, guides et autres chefs ? Comment ça va avec la liberté ?
Quelques papas/mamans, suiveurs de toute directive digitale, s’en voudraient d’entamer la liberté de leur progéniture qui les tyrannise parfois dans un consentement des plus béat.
Triste cire des sourires figés qui ont proscrit depuis longtemps le terme « instruction » dans toute publique acception.
J’aime aller fouiller dans les bassins de décantation où flottent d’autres mots en gras.  
« L’autonomie », tant revendiquée à mesure qu’elle se mettait fil du téléphone à la patte, fait-elle encore illusion dans les prémisses des apprentissages ?
Certain(e) s avaient envisagé l’abandon de l’adjectif « maternelle » pour cette école qui faisait une des fiertés du pays où malgré tout les rares hommes travaillant dans l’éducation sont plutôt là.
Si quelques personnes plus âgées persistent à proclamer « l’insoumission », c’est que celle-ci resterait à compléter, à cette heure avancée du « soir » qui sera « grand » à n’en pas douter : rendez vous à la manif de la semaine prochaine, de la semaine prochaine, de …
Mots fastoches pour un paradoxe de plus qui fait porter aux héritiers, les désirs d’émancipation de leurs aînés, d’autant plus dociles envers les injonctions médiatiques, les conformismes des réseaux, qu'ils ne jurent que par la « Liberté ». Un leurre, lorsque « le bon sens » est devenu une pauvre chose hors du coup.
Je croyais que les « livres » étaient un antidote à ces aveuglements, j’étais aveugle.
Lorsque je vois les rayons de la FNAC envahis de textes de charlatans du développement personnel, au détriment des romans se signalant comme tels, l’irritation est vaine : c’est un fait de société. Et tous ces manuels, ces heures, toutes ces émissions concernant « la Méditation » pour s’autoriser simplement à réfléchir avant d’agir. Comme « La citoyenneté » tant proclamée lorsqu’elle disparaissait, le « Vivre ensemble » n’allant plus de soi, « La réflexion » serait-elle en voie d’extinction comme « La bienveillance » qui a besoin de circulaires ou « La confiance » d’un bouquin de ministre ?
Le culte de l’individualité va avec une perte de substance des personnalités pixélisées qui s’affichent entre deux émoticônes, en sommaires réactions, en reprises de la pensée des autres, ne s’aventurant guère dans la nuance, si peu friande de paradoxes et de contradictions fécondes.

jeudi 20 septembre 2018

Musées Dauphinois et de l’Evêché au mois d’août.

La route qui mène au musée dauphinois prend des airs de sentier du temps des colporteurs, avec fondrières et herbes folles prospérant comme sur bien des trottoirs de la ville.
Cet air d’abandon rehaussé par des tags à profusion, a abimé notre idée de choisir le mois d’août pour jouer les touristes dans notre propre ville et chercher le frais en images.
Les expositions du musée dauphinois concernant « Si on chantait » et « Lesdiguières, le prince oublié », encore affichées à l’entrée, sont fermées. Nous ne manquons pas  de jeter à nouveau un coup d’œil aux « Gens de l’Alpe » présents en permanence.
« Le rêve blanc: l’épopée des sports d’hiver dans les Alpes » restera, elle, parmi les expositions de longue durée.
Bien présentée, elle a vraiment toute sa place dans l’institution quinquagénaire en son écrin patrimonial et sa remarquable chapelle baroque.
Le constat que la montagne est devenue un espace de loisirs est tout aussi banal que les interrogations concernant  l’impact du changement climatique sur le devenir des stations, en particulier en moyenne montagne.
La pédagogie, toujours habile en ces lieux, serait-elle affectée en n’abusant pas forcément d’expressions fortes, telles que « rêve » ou « épopée » appellant des contradictions également outrancières qui iraient chercher du côté de «  cauchemar » et « fiasco » ?
« Grenoble 68, les jeux olympiques qui ont changé l’Isère » rappelle la formidable transformation de la ville dans le domaine culturel, architectural, économique et l’optimisme d’alors.
Les images, les objets, de ces années, paraissent parfois kitsch, éveillant la nostalgie mais aussi l’amertume, face à des choix présents qui accusent un amoindrissement des ambitions pour notre agglomération, le nez plongé dans le guidon.

Sans bourse délier également, au musée de l’ancien évêché nous sommes accueillis, agréablement.
Le sujet de l’exposition temporaire  concernant «  La mystérieuse bague du dauphin Guiges VIII » peut sembler s'adresser à des spécialistes. Bien mis en valeur, l'objet exceptionnel concernera tous les curieux.
Ce joyau médiéval datant du XIV ° siècle, confié par un collectionneur britannique à l’institution  de la rue Très Cloîtres, fournit l’occasion d’évoquer les contes d’Albon et les dauphins du Viennois qui ont donné le nom à notre province.
L’agréable collection permanente s'avère indispensable.

mercredi 19 septembre 2018

Saint Amour. Jura.

Lors de notre voyage menant de Grenoble à Epinal, nous avons pris la sortie qui mène vers ce village au nom prometteur, situé dans le Revermont sur les premiers contreforts du massif du Jura. Nous avons ainsi évité, cette fois, la restauration d’autoroute qui n’est même plus l’objet de critiques depuis que le hamburger est devenu hégémonique aux six coins de l’hexagone.
Dans un paysage vallonné, des longères comme toutes les habitations traditionnelles s‘inscrivent parfaitement dans leur environnement où les pâturages alternent avec la forêt. Au cœur d’une zone industrielle conséquente, l’unité de montage de structures Algéco, au nom familier, se remarque parmi d’autres entreprises, car elle nécessite une superficie importante.
Ces activités permettent au village de 2500 habitants de présenter un bon air de santé et d’offrir  un choix de restauration intéressant pour les touristes. La vogue se montait autour de l’église au clocher comtois. Là sont les reliques de Saint Viateur et de Saint Amour dont l’origine est incertaine, celui-ci aurait  pu se substituer à Cupidon au V° siècle, mais il semble faire double emploi avec Saint Valentin.
Décidément : « L'amour est capricieux, il est difficile » chantait France Gall.
Et que dire  des « amours mortes » bien après qu’eut filé « le parfait amour » ?
« Il est singulier que le mot Amour ne soit du féminin qu'au pluriel. » Albert Willemetz
Le Café de France à la déco alimentée par des brocantes proposait ce jour là un dos de lieu aux pleurotes, cuit dans du vin jaune et accompagné de riz. Ce plat du jour à 11 €, nous a bien plu.
Nous n’étions que de passage, alors si nous avons aperçu les anciennes prisons royales, nous n’avons pas pris le temps de pousser la porte du bâtiment qui appartenait à la Justice des Gabelles.
Au XVII° siècle, la situation du bourg à la frontière de La Franche Comté à la fiscalité encore avantageuse après son annexion par rapport à  ses voisines bourguignonnes ou bressanes, était propice à la contrebande du sel, du tabac, des étoffes.  
« Après la Révolution, l'auditoire fut occupé par les employés de l'Octroi, tandis que le reste de l'établissement devint une prison de passage pour les détenus conduits à pied de Lons-le-Saunier à Bourg-en-Bresse. »  Le Petit Fûté.
La patrie de l’historien Lucien Febvre recèle d’autres sites qui semblent intéressants : la  Tour Guillaume qui appartint à un théologien du XIII° siècle: Guillaume de Saint Amour ou l’ancien couvent des Annonciades célestes qui venaient de Pontarlier et non du VII° ciel (désolé).

mardi 18 septembre 2018

Chicagoland. Fabrice Colin. Sacha Goerg.

Le titre nous emmène sur la piste d’une histoire de crime dans la ville archétypale de « l’insécurité » comme on dit à Grenoble, mais il n’est pas question de gangs : une institutrice a été étranglée.
Le commissaire, flegmatique, sensé, le dit lui-même :
« Un film policier qui montre des choses telles qu’elles se passent vraiment ? Croyez-moi, vous ne voudriez pas voir un truc pareil. Une vraie enquête je veux dire. On use un sacré paquet de semelles mais pas en galopant avec un feutre sur la tête et un 9 mm à la main. Tout le monde aime ces gamineries avec James Cagney, et les épisodes où Joe Friday et Franck Smith pourchassent des truands à sales tronches avec des vestes à revers et des balafres sur la gueule. Mais ça, comparé au monde réel, c’est vraiment des comics. »
Par contre, les regards hallucinés en couverture annoncent bien les trois récits incroyables qui vont s’entrecroiser habilement : la victime, sa sœur, le condamné.
«  Aux yeux de Dieu, je suis innocent. Mais dans mon cœur, je suis coupable. Je suis désolé. Si profondément désolé, si sincèrement désolé. »
Le criminel qui a avoué est condamné à la chaise électrique, la sœur de la victime est venue assister à l’exécution. Le commissaire qui a mené l’enquête pense que tout n’est pas si simple,  d’où une histoire passionnante, avec ce qu’il faut d’enfance malheureuse, de vie sans amour pour bâtir des scénarios surprenants où  les notions de coupable et d’innocent se brouillent adroitement.

lundi 17 septembre 2018

Les Indestructibles 2. Brad Bird.

Notre film d’animation des vacances en 3 D (5 millions d’entrées en France) a ravi chez nous, petite fille et grand père.
Les héros qui furent extraordinaires sont fatigués, obsolètes, mais depuis toujours, la femme est l’avenir du cinémascope.
Mon apprentie cinéphile de sept ans sait retenir le nom des protagonistes :
Hélène, Elastigirl, super héroïne sauve l’affaire et laisse Bob son mari s’occuper de Violette l’ado, des devoirs de Flèche, et de Jack-Jack un bébé précoce.
Frozone un autre super héros, proche du zéro centigrade, qui freeze tout, aurait pu être un recours pour redonner de la crédibilité aux valeureux en collant, mais depuis que la marchande d’esquimaux a déserté, elle aussi, les travées des cinémas, les émerveillements s’épuisent vite.
Nous nous sommes habitués au rythme enlevé de ces nouvelles aventures qui adviennent, en mieux, d’après les amateurs, 14 ans après le premier chapitre.
La crainte de subir une plaidoirie féministe dans l’air du temps ne m’appâtait guère : je m’étais trompé. Elle est plus subtile que bien des chroniqueurs (ses).
Du coup on a repris une louche d’humour et d’une vive tendresse, jamais mièvre avec un DVD de « Toy Story » de chez Pixar, avec lequel on s’est  bien régalé à nouveau.

dimanche 16 septembre 2018

Générations(s) éperdue(s). Yves Simon.

Quel plaisir de retrouver la voix chaude qui nous a accompagnés jusqu’aux années 80, grâce à des chanteurs d’aujourd’hui dont je connais à peine les noms : Christine and the Queens, Juliette Armanet, Feu ! Chatterton !
Fasciné de Manhattan, de littérature américaine, de musiques caraïbes, de folk et de rock, le natif de Vittel cite aussi Rimbaud. Ses diabolos menthes ont moins de vigueur que l’absinthe de celui qui venait de Charleville, mais le plaisir des retrouvailles peut s’ajouter à la découverte d’interprétations nouvelles.
Amazoniaque :
«  Dans tes ch’veux, tes bras
qui m’enserrent, c’est bien
là que j’me perds »
Les gauloises bleues :
« Les petites femmes de Paris
Montaient sur nos balcons
Voir si les fleurs du mal
Poussaient encore
En cette saison »
Au pays des merveilles de Juliet :
« Sur les vieux écrans de 68
Vous étiez Chinoise mangeuse de frites
Ferdinand Godard
Vous avait alpaguée
De l’autre côté du miroir
D’un café »
Petite fille petite misère :
« T’as moins peur de mourir
Que d’mal vivre ta vie »
Oui, on croyait ça. Maintenant le septuagénaire, recoloré sur la pochette, triche un peu avec les chiffres et se montre un tantinet bavard lors d’un « live » à l’Olympia, capté il y a 10 ans. Cependant nous en avons pour notre argent, avec cet ajout de 19 chansons aux 19 de la contribution d’une génération qui me parait moins « éperdue » que «  perdue ».
Le mot est facile, mais si les synthétiseurs ont désormais pris le pas sur les sons d’une guitare pour brume du soir, bien des interprétations inédites m’ont parues moins incarnées que l’original.
Barcelone est ma préférée :
« A Barcelone l'hiver,
C'était hier.
La caravelle pour l'Amérique
Attendait sur la mer.

Où êtes-vous perdue, éperdue
Dans ces rues?
Rêvez-vous, rêvez-vous
A Barcelone l'hiver? »



samedi 15 septembre 2018

Stendhal. Dominique Fernandez.

Cette fois à la bibliothèque d’étude de Grenoble, l’académicien (105,45 € par mois) président de l’éphémère club Stendhal qu’il monta avec Charles Dantzig présente un nouvel ouvrage consacré à l’auteur en « Rouge et noir ».
Le jour anniversaire de la mort du dauphinois, un bouquet d’épinard était posé sur sa tombe car « Les épinards et Saint-Simon ont été mes seuls goûts durables. »
Dans la collection « Les auteurs de ma vie » chez Buchet Chastel, des écrivains font partager leur admiration pour un classique comme Giono le fit avec Virgile, Gide avec Montaigne.
Pour Stendhal, ce ne pouvait être que le rédacteur d’un dictionnaire amoureux à http://blog-de-guy.blogspot.com/2013/04/dictionnaire-amoureux-de-stendhal.html, qui rédige une préface « Le courage d’être singulier » avant quelques morceaux choisis tels ceux qui furent lus lors de cette soirée.
Parmi les correspondances de Stendhal et autres ouvrages inachevés - celui-ci n’a publié que trois romans - une savoureuse lettre à sa soeur Pauline étonnante de modernité ou une réflexion au soleil couchant au bord de la Méditerranée… Morceaux, stimulants, « épatants »  mais rares puisque ce chercheur de vérité ne se laissait pas aller facilement au lyrisme , dédaignant les ornements, méprisant les gens d’esprit étalant leur esprit. 
Il aurait aimé être comme Rossini, qu’il admirait, dont il découvre l’identité seulement à la fin de leur rencontre dans une auberge : modeste et naturel.
C’est avec « le seul écrivain qui ne soit pas un homme de lettres », que  l’auteur de « La Course à l'abîme », histoire du Caravage, aurait aimé prendre un café, partageant leur goût pour l’Italie, la musique et la peinture.  
Comme Picasso qui n’arrêtait pas de dessiner, Henri Beyle qui a utilisé une centaine de pseudonymes, écrivait tout le temps.
Il commit des plagiats en début de carrière mais les rendit lisibles, son guide de Rome renouvelant le genre. N’étant pas un spécialiste, il ne cherche pas à être équitable dans ses jugements musicaux ou picturaux, il évite l’emphase, les fioritures. Subjectif, il éloigne une sensibilité trop appuyée.
Comme Baudelaire, Flaubert, Molière, Rousseau, Balzac il n’a pas accédé à l’académie française, bien qu’il y postulât vers la fin de sa vie (1842) après avoir été critique à son égard dans sa jeunesse, comme tout le monde. Théâtre et poésie étaient à l’époque du genre noble mais pas le roman, alors…

vendredi 14 septembre 2018

Foot et tauromachie.

Je reprends ci-dessous, quelques mots prononcés au moment du départ à la retraite de mon collègue Eric.
Le propos se devant d’être badin en ces circonstances, j'avais l’intention de parler rien moins, que de liberté et de fidélité à sa classe sociale.  
« Lorsque j’ai proposé à Eric de parler de football et de tauromachie, deux de ses passions coupables, je pensais le faire sur le mode de la révélation - on dit « coming out » - mais c’est qu’il ne s’en cache pas, il en est même fier.
Après tout proclamer son attachement au football est une transgression bien anodine, quoique les risques de passer pour un beauf ne sont pas nuls en milieu enseignant où la pratique du badminton est plutôt recommandée.
Dans ce cas, il est de bon ton de ressortir Camus :
« Le peu de morale que je sais, je l'ai appris sur les terrains de football et les scènes de théâtre qui resteront mes vraies universités. »
L’ancien gardien de but, prix Nobel, permet d’agrémenter cette fiche de préparation aux allures de leçon de morale - on n’y échappe pas. Je voudrais par là, souligner la tolérance d’Eric le militant, ambianceur de manifs. Il était dans un syndicat au sigle interminable, SNUIPP, concurrent du mien, qui lui - je cite- ne prenait pas ses ordres à Moscou mais plutôt au Vatican, puisque la CFDT venait de changer une de ses lettres.
Le football miroir grossissant  de la vie de nos sociétés et donc du néo libéralisme est une histoire de temps, liant les générations, une histoire de transmissions. Qui dit encore « les gônes » ou « les Minots », sinon les habitués des travées du « Groupama Stadium » ou au « Vélodrome » ?
C’est un langage universel compris des Terres froides jusqu’à Rio, et si le brassage social est moins évident aujourd’hui dans les équipes de quartier, les débats passionnés quant à Ngolo Kanté ou Paul Pogba ne se prennent pas au sérieux et peuvent se permettre des caricatures minant par contre les discussions politiques.
Concernant la tauromachie, je me sentirais ici presque dans la situation de Gérard Collomb qui aurait à tenir un discours à la fête de l’Huma.
Alors j’ai recours cette fois au philosophe Francis Wolf :
« Etre Torero c'est une façon d'être, de styliser son existence, de s'identifier à sa fonction. C'est une certaine manière de s'exposer sans le montrer, de dominer les évènements en se maîtrisant soi-même et de promettre une victoire sur l'imprévisible... » Remplacer « torero » par « instit » : ça marche. Par contre l’action pédagogique viserait à infléchir de trajectoires trop prévisibles.
Les images ne manquent pas sur le thème de la bête et de l’homme, depuis Lascaux jusqu’à Picasso, ni les mots avec Hemingway, René Char… autant de postulants à emporter les oreilles et la queue face aux allergiques à la muleta.
C’est qu’il est question de soleil et d’ombre, de combat, de mort.
En ces temps où les charcutiers se font agresser, il est nécessaire de réaffirmer la complexité de la vie et la valeur des passions qui ont plus de mal à palpiter sous l’effet de quelques fades tisanes qui ne vaudront jamais des « Marquisettes » de Féria…»

jeudi 13 septembre 2018

Rencontres photographiques d’Arles 2018.

En relisant mes impressions de l’an dernier je ne savais pas que j’aurai à faire part à nouveau d’une certaine déception.
Outre le fait de payer toujours plus cher pour un nombre d’expositions toujours moins nombreuses à être encore ouvertes à cette époque de l’été, il est bien difficile de repartir avec le souvenir d’une découverte exceptionnelle, le sentiment d’une créativité foisonnante ou d’avoir saisi l’idée forte de l’année.
Nos regards rassasiés n’ont pu aborder des thématiques concernant la réalité virtuelle ou le transhumanisme qui auraient peut être apporté leur lot de nouveauté.
S’il ne s’agit plus, bien entendu, de rechercher la beauté dans les expositions contemporaines, les émotions tiennent d’avantage aux sujets qu’à d’harmonieuses proportions, des couleurs jolies ou des cadrages inédits.
On retient les anciens : Depardon évidemment qui a trouvé aux Etats-Unis de quoi infléchir sa carrière. 
Robert Frank, Suisse installé aux EU a dû inspirer le natif de Villefranche-sur-Saône avec son livre préfacé par Kérouac : « Les Américains » où le hasard entre dans les cadres, quoique la présence de planches contact montre que le maître sait choisir.
De cette édition, la 49°, les photographies de Paul Fusco sont les plus émouvantes,  prises en 1968, depuis le train qui conduisait le corps de Robert Kennedy de New York jusqu’à Washington, saisissant l’hommage de toute une nation dans sa diversité et sa vérité. Travail repris plus tard à partir de photos d’amateurs qui assistaient à l’évènement et reconstitué encore récemment en vidéo.
La fondation Luma présentait également dans d’amples espaces  Gilbert and Georges et leurs provocations devenues banales sous leurs couleurs tranchantes : « fuck » en tapisseries, bites et étrons sous verre, nudités roses et anti-religiosité de mise.
Quand la critique par les artistes eux mêmes du milieu de l’art se monnaye au nom d’une proximité populaire, j’ai des doutes, et lorsqu’une lycéenne piège sa copine avec son portable devant des trous du cul, je m’interroge.
Le paysage artistique arlésien change : les ateliers sont rachetés  par Luma dont la brillante tour est encore en travaux, alors les « Rencontres » recherchent de nouveaux lieux.
L’un d’eux « La Croisière » aux allures de squat convient bien avec ses toiles d’araignées et ses murs décatis à une évocation assez conventionnelle de mai 68
ou à celle d’Esù le messager des dieux entre Afrique et Amérique.
 Adel Abdessemed et sa poésie immédiate y trouve aussi une place appropriée près des terrasses.
L’affiche du festival signée par William Wegman procure un peu d’humour, denrée rare par ici, pour aussitôt nous interroger sur cette mode actuelle qui souligne la proximité des animaux avec les humains, jusqu’à en devenir chèvre.
Lauréat de la Résidence BMW 2017, Baptiste Rabichon propose quelques balcons fleuris,
et Gregor Sailer des fausses villes, des villages Potemkine, des façades de maisons.

Heureusement au « Ground Control », à l’arrière de la gare, sur des parois d’aggloméré, des propositions parfois maladroites mais novatrices sont présentées.


Ainsi un casseur de pierres cassé  sur fond de cartes postales, des images inquiétantes d’un purgatoire crypté, une ferme qui va fermer,  la guerre en Ukraine, Auroville , des églises transportées dans Bucarest après Ceausescu, photos insoupçonnées d’un grand père iranien, échanges Facebook…
Il y avait quand même de quoi s’en mettre plein les yeux, pour le reste faudra-t-il aller un jour à Perpignan pour les reportages, et prendre du temps pour garnir ses propres albums ?

mercredi 12 septembre 2018

Le monde est à toi. Romain Gravas.

- Qui vous a inspiré ?
- Ma mère, répond le fils de l’auteur de « Z », présent dans une salle modeste du quartier de La Bocca pendant « the » festival de Cannes, après être passé sur des tapis rouges plus vivement éclairés : merci monsieur.
Dans ce film de gangsters les Tontons Flingueurs parlent le langage des banlieues du siècle « Ixe, Ixe, Barre ».
Adjani se fait appeler maman par  Karim Leklou, son grand dadais de fils qui rêve faire commerce de Mr Freeze au Maghreb.
Ça canarde dans les dialogues, et les grenades sont cachées dans des sacs Hello Kitty quand la mafia russe rencontre nos zaïrois.
Philippe Catherine est avocat, Vincent Cassel un chauffeur grillé aux Illuminati.
Un moment jubilatoire de divertissement.

mardi 11 septembre 2018

Le guide du mauvais père. 4. Guy Delisle.

Il en est à son numéro quatre ! J’ai donc manqué un épisode de la vie familiale du reporter qui nous emmena de Corée du Nord à Jérusalem,
ce qui me contraint d’éviter de répéter que les chroniques du canadien qui tiennent pourtant 191 pages, sont trop courtes.
Façon de dire ma jubilation de retrouver ce bon papa, « pauvre papa », tel qu’en lui-même, étourdi, facétieux, loin d’être parfait, mais dont je vais m’empresser d’offrir un exemplaire à mon fils, père exemplaire, comme je le fus.
Ainsi il raconte une histoire qu’il va publier, à ses enfants:
« Je suis dans le salon et je lis le journal.
Alice entre et elle me demande si elle peut jouer à la console.
Je lui réponds : «  Est-ce que tu as rangé ta chambre avant de jouer à la console ?
Elle dit : « Bon j’y vais » et elle va ranger sa chambre.
Elle revient et demande encore pour jouer.
Je lui dit : «Est ce que tu as fini tes devoirs ? »
Alors elle revient encore quelques fois comme ça, et à la fin je lui dis :
« Tu vas pas te mettre à jouer maintenant, c’est l’heure de dîner. »
Les enfants ne trouvent pas ça drôle, mais demandent qu’il en raconte une autre.
Moi j’ai bien ri. 
Et d’autant plus qu’est rappelé la fragilité de ces moments de tendresse, d’insouciance, menacés par la fin prochaine de l’enfance. L’adolescence qui s’annonce recèle sûrement des occasions de goûter à l’avenir quelques bouffées d’humour délicat.