lundi 25 juin 2018

Napalm. Claude Lanzman.

Si le titre évoque surtout la guerre du Vietnam, dans ce film d’une heure quarante, il est question de la Corée du nord où le réalisateur de « Shoah » revient pour la troisième fois.
Il en est resté à ses premiers choix politiques quand le martyr subi par la Corée lui faisait accepter, voire chérir les pires règles staliniennes. Le récit de son histoire d’amour avec une infirmière, conté dans les plus infimes détails, prend tout son temps. Prend trop son temps : alors le narcissisme du personnage devient envahissant, venant après les images autorisées mais sans intérêt de la République Populaire et Démocratique, en ses statues monumentales, ses alignements de chars pris à l’ennemi et ses avions écrasés. De sidérantes indulgences envers le régime le plus autoritaire de la planète paraissent irrémédiablement datées, figées, comme ce très bref épisode amoureux qui mettait en danger la belle. 
Bien des œuvres plus honorables s’estompent de nos mémoires, mais ce témoignage affligeant de la déchéance d’un intellectuel de renom persiste.

dimanche 24 juin 2018

Le porteur d’histoires. Alexis Michalik

Le titre de « Meilleur auteur et meilleure mise en scène aux Molières 2014 » laisse soupçonner le niveau des autres concurrents. Comme chez les artisans qui contestaient l’amoindrissement des exigences pour l’obtention des diplômes de Meilleur Ouvrier de France, si un tel spectacle, loin d’être indigne, obtient de telles récompenses, c’est que le niveau n’est pas très haut.
Je n’en profite pas pour parler du brevet ou du bac.
Il est question des glissements de la fiction vers la réalité, ce qui n’est pas vraiment nouveau surtout quand le meneur de jeu vous l’explique d’une façon un peu insistante, ainsi qu'il rappelait d’emblée que l’on enseignait aux petits algériens leurs ancêtres les gaulois ; leur dit-on aujourd’hui qu’ils étaient arabes ou pas ?
Eugène (Delacroix) est dans le paysage et Alexandre Dumas au centre de l’inventivité feuilletonesque, Marie Antoinette fait une apparition.
Nous passons d’un hôtel au bord du désert à un cimetière dans les Ardennes avec dans le décor des livres figurant toujours comme des trésors.
L’imbrication des histoires est plutôt judicieuse mais il eut mieux valu s’inspirer de la finesse et de la profondeur des pages évoquées plutôt que de les enterrer même métaphoriquement.
Le spectacle aurait pu convenir dans le festival des arts du récit où parfois un seul conteur peut nous embarquer plus efficacement vers les légendes qu’une ribambelle d’acteurs attirant l’attention sur leur capacité à enchaîner différents rôles, au détriment du récit.   

samedi 23 juin 2018

Moby Dick. Herman Melville. Chabouté.

« Et j’en échappais seul, pour venir te dire » Job.
Pour ce monument de la littérature américaine, cette citation de la bible en épilogue convient parfaitement, c’est que le récit de la vengeance d’un capitaine voulant retrouver le cachalot mythique qui lui a pris une jambe, est une quête d’absolu.
« Vois, Moby Dick ne te cherche pas. C'est toi, toi qui la cherches follement. »
Même sans avoir lu le livre dont l’issue est connue, l’adaptation de Chabouté dont les noirs font merveille http://blog-de-guy.blogspot.fr/2014/11/zoe-sorcieres-pleine-lune-la-bete.html dans cette traque de la baleine blanche, nous tient en haleine en deux volumes de 118 et 135 planches.
Puissant, tirant vers le symbolique, il parvient à rendre compte de la rudesse de la vie de marins, des dilemmes parmi les hommes quand la folie est à la barre, de la sauvagerie de la nature. 
Giono avait traduit l' oeuvre originale et disait de la langue :
« La phrase de Melville est à la fois un torrent, une montagne, une mer…. elle emporte, elle noie…toujours elle propose une beauté qui échappe à l’analyse mais frappe avec violence.
Nous nous sommes obstinés à essayer d’en reproduire les profondeurs, les gouffres, les abîmes, les sommets, les éboulis, les forêts, les vallons noirs, les précipices et la lourde confection du mortier du tout. »
La BD m’a semblé à la hauteur d’un texte d’où cet extrait peut donner une idée :
« Mais la Foi, comme un chacal, se nourrit parmi les tombes et c'est même de nos doutes au sujet de la mort qu'elle tire ses meilleures raisons d'être. »

vendredi 22 juin 2018

« Je ne suis pas philosophe ».

Cette phrase entendue à la radio, d’une jeune fille s’apprêtant à passer le bac philo, peut se discuter.
Affirmer cette particularité ne devrait pas l’empêcher de « réfléchir », formulation préférable à l’expression éculée : « prise de tête » d’un des ses camarades dans la même séquence radiophonique, donnant une connotation décidément négative à de telles épreuves.
Celles-ci sont présentées comme forcément stressantes, bien que le simulacre du bac ne trompe plus grand monde. Lors de ce périlleux reportage, le moindre preneur de son est mentionné alors qu’avec tous ces collaborateurs crédités, tout crédit est enseveli sous les patronymes : remise des césars à chaque flash info, bien que sur les réseaux qui font soucis, l’anonymat est la règle. Outre l’effet selfie, entre techniciens, comiques, polémistes, il n’y a plus guère de place pour les journalistes. Tout est indifférencié,  confus, quand il est reproché au président de tutoyer un jeune qui l’avait interpellé familièrement, c’est fort de café : le malotru s’est fait recadrer, justement. Un rappel à la politesse, n’est ce pas J.J. Bourdin ?
Les  contempteurs des moralisateurs sont bien souvent les premiers en « moraline ».
 « Je suis comme ci ou comme ça » s’affirme dès que bébé est là. Et s’il est de bon ton d’hésiter en ce moment sur le genre fille ou garçon, « je suis matheux ou non » vient très tôt.
Ce genre d’affirmation ne tient pas compte des apports possibles de l’éducation, entérinant, flattant, les fatalités parentales. Et pourtant, il n’y a jamais eu tant de proclamations de liberté alors que les lois de l’hérédité pèsent de plus en plus.
J’adore le repérage des paradoxes à l’heure où les pensées conformes se reproduisent comme pyrales du buis, les micros allant prioritairement vers les opposants patentés sans que par exemple l’inflation des moyens consacrés aux banlieues ne soit interrogée. La place est libre pour les fake news, les querelles subalternes, les émotions pouffantes et étouffantes en lieu et place de pensées dialectiques, contradictoires.
Je ne sais si la tentative hebdomadaire d’émettre une opinion à prétention personnelle entre dans la catégorie des donneurs de leçons, mais pourquoi je ne gonflerais pas ma petite bulle dans un ciel saturé de gros mots.
 « Je tremble pour notre siècle quand je considère que les temps anciens où il y a eu plus de philosophes, sont précisément ceux où il y a eu moins de philosophie ! » Stanislas Leszczynski
A l’heure où ceux que l’on nommait entraîneurs s’agitent sur la touche faisant mine de diriger ce qui leur échappe parfois, et que les coachs divers sonnent à toutes les portes, il doit y avoir quelques opportunités pour mettre son grain de sel, des remplacements à effectuer.
Par exemple leçon numéro un : pour tirer des enseignements de ses échecs, il faut les reconnaître. Ainsi les agitateurs de bocal en voulant faire converger zadistes et pilotes d’Air France ont pratiqué des soustractions plutôt que des additions et leurs appels pour une mobilisation inouïe chaque semaine prochaine se sont perdus dans les sables.
Leurs partisans vont dire que c’est la faute des médias, avec une vue aussi courte que la mienne, regardant à tous coups le doigt du sage plutôt que la lune qu’il désigne.
Assaillis d’images nous avons tendance à ne plus regarder ce qui nous aveugle, ainsi cette élève qui portait un tee-shirt où était inscrit « Je vous emmerde » (humour),  n’avait ému personne comme un « Va fanculo » prometteur d’il y a quelques années.
Au hasard de mes publications, je viens de causer d’un livre consacré à la peinture intitulé « il n’y a rien à voir » http://blog-de-guy.blogspot.com/2018/06/on-ny-voit-rien-daniel-arasse.html . Circulez.
« Faute de pouvoir voir clair, nous voulons, à tout le moins, voir clairement les obscurités. » Freud

jeudi 21 juin 2018

On n’y voit rien. Daniel Arasse

L’émérite historien de l’art dans ce livre qui décortique six tableaux figurant au centre de l’ouvrage ose écrire :
« Les Ménines ! Encore ? Non ! Non ! Par pitié ! Ça suffit, avec les Ménines ! On a tout dit sur elles ! tout et rien ? D'accord, mais quand même, maintenant, ça commence à bien faire ! »
Cette bouffée au cœur de 216 pages, juste avant de dialoguer à distance avec Michel Foucault, relève d’une ironie annoncée par le titre qui invite au contraire à des interprétations des plus savantes quoique mâtinées d’humour.
« Velázquez, lui, grand peintre courtisan, « prend » le roi comme phénomène (sous l’espèce de sa « famille ») et comme « chose en soi », insaisissable dans le visible. »
Outre « Les Ménines » de Velázquez, il est question de « Mars et Vénus surpris par Vulcain » du Tintoret, « L'annonciation » de Cossa et du regard d’un escargot, « L'adoration des mages » de Bruegel, « La Vénus d'Urbin » de Titien, de la toison de Madeleine.
« Il faut dire qu’en matière de cordons, Brigitte en connaissait un bout vu qu’elle était suédoise, qu’elle s’était mariée et qu’elle avait eu sept enfants avant de se retrouver en sainte. »
Chaque chapitre est abordé avec une façon originale d’aller au fond des choses : dialogue avec une autre ou avec lui même, adresse au lecteur, lettre.
« Il avait tellement regardé, tellement appris à reconnaître, classer, situer, qu’il faisait tout très vite, sans plaisir, comme une vérification narcissique de son savoir. Chaque peintre à sa place et une place pour chaque peintre. Un savoir de gardien de cimetière. »
La peinture, son histoire, nous invitent à mieux voir sous les vernis : la vie et ses secrets.
« Vincent Carducho affirme glorieusement la toute-puissance de l’acte du peintre, du peindre. Il te parait assez proche de Léonard, pour lequel, si la peinture est cosa mentale, l’exécution était plus « noble » encore que la seule conception mentale parce qu’elle met en acte l’image à venir. »
Je ne connais pas le Vincente en question et n’ai pas de familiarité particulière avec Léonard et il y a autant à prendre et à laisser dans ces interprétations parfois tirées par les cheveux, mais des explications inédites, des indications originales nous enrichissent au-delà des parquets craquants sous quelques très hauts plafonds.

mercredi 20 juin 2018

L’école buissonnière. Nicolas Vanier.

J’ai été étonné qu’aucun critique, à ma connaissance, ne mentionne le film de 1949 portant le même titre qui retraçait l’histoire de  Célestin Freinet avec Bernard Blier dans le rôle du pédagogue. A ce moment là, il s’agissait d’une école de la liberté, de la responsabilité, pour tous ; cette fois c’est véritablement l’école des bois, des saumons et des cerfs, avec garde-chasse et braconnier, servante et châtelain, pour un petit orphelin.
Les  critiques « télérameurs », « obsolètes » et autres « rockuptibles » ont oublié les découvertes de l’enfance et à défaut d’observer pour de vrai, le brame du cerf, autant que nos petits rois le saisissent sur grand écran, comme assis au bord des étangs solognots, sans déranger le biotope.
Cette histoire simple d’amitié a pu me convenir pour une initiation d’une petite fille au cinéma avec des acteurs en permettant d’aller au-delà de films d’animation parfois plus impressionnants que ces belles images.
Il peut être intéressant de savoir que sous de  rudes abords, des personnages se révèlent gentils et généreux. Les scènes du temps passé, de la vie dans les bois, sont plaisantes, avec des adultes pas toujours infaillibles, mais capables de « beaux sentiments », avant que ceux-ci ne deviennent sur les claviers blasés des « bons sentiments » à bannir.

mardi 19 juin 2018

Histoires. Edgar Poe, Battaglia.

C’est en 2005 que les éditions Mosquito, institution locale, ont proposé cette série de courts récits fantastiques, mais ne m’ont pas converti à un genre auquel je suis rétif.
Les planches très graphiques sont élégantes, équilibrants les masses noires et les réserves blanches dans des ensembles harmonieux presque trop sages alors que le but est d’effrayer le lecteur.
L’inventivité d'un  voyageur en ballon est bien décrite  dans une « Aventure sans pareille », et l’ambiguïté du « système du Docteur Goudron et du Professeur Plume » bien rendue.
Les revenants reviennent dans les châteaux hantés, le diable traîne dans les parages, les destins sont cruels, mais j’ai trouvé conventionnelles ces ambiances et quelque peu froids et démodés les trop beaux dessins plus proches des gravures du XIX° siècle que des foisonnantes productions audio visuelles actuelles, tonitruantes et flippantes.

lundi 18 juin 2018

L’homme qui tua Don Quichotte. Terry Gilliam.

Le montypythonesque réalisateur a enfin abouti dans son projet de cervantesque film : raconter 400 ans après l’apparition du « chevalier à la triste figure », la lutte de l’idéal et du réel à la sortie des temps médiévaux, alors que nous entrons dans un âge bien moyen.
L’imagination permet toutes les folies, avec film dans le film, comme il y eut livre dans le livre.
Les avis critiques étaient très partagés mais plutôt que de rejeter ou de louer cette  œuvre dans son entier, mes sentiments se sont distribués avec leurs contradictions tout au long des 132 minutes, retrouvant un humour perdu de vue depuis un moment, malgré quelques séquences poussives.
Les moulins aux ailes abîmées persistent sur un autre versant occupé désormais par les éoliennes.
Les images baroques de l’auteur de Brazil sont toujours là avec digressions fantaisistes, trucages bricolés, bien que quelques baisses de régime surprennent.
Comme une part de l’histoire du cinéma est révisée entre productions maladroites et ridicules de la jeunesse jusqu’à la désinvolture et au cynisme présent, on ne sait si c’est du lard ou du cinéma.
On ne peut reprocher à l’un des maîtres de la comédie de faire naître de la tristesse parce que les rires paraissent vraiment indécents au moment où les autodafés prennent des allures de feux d’artifices.
Fallait-il rêver d’un monde meilleur ? Sancho avait-il raison ? Les rêveurs se sont-ils endormis ?

dimanche 17 juin 2018

Let me try. Isabelle Lafon.

J’avais déjà vu cette pièce, http://blog-de-guy.blogspot.fr/2016/03/les-insoumises-isabelle-lafon.html c’est ce que mon ordi me dit, et je ne m’en rappelais plus.
Je vais éviter d’attaquer la chronique de la perte de ma mémoire en racontant aussi comment j’ai acheté des livres déjà lus, bien que le propos de cette mise en scène du journal de Virginia Woolf encourage à «  toucher l’intime sans jamais s’avachir sur ses intimités. »
Je retiens la jubilation du jeu des comédiennes à la hauteur de l’intensité de la recherche des mots justes de celle dont l’humour a tempéré les désespoirs.
Son suicide, tellement marquant, est très pudiquement évoqué, alors que tout crie dans cette vie où un arbre coupé la surprend, comme si c’était la mort elle-même qui la sidérait.  
Tout s’enchevêtre: ce qui l’entoure et l’enserre, les paysages et les proches, et ce qui l’emplit.
La mondaine, l’amoureuse, s’émerveille d’une coiffure, d’une robe et puis se montre indifférente, puis prospectant, submergée par la poésie, elle quête une vérité tout à la fois indicible et passionnante à traquer.
Elle avait écrit : « un jour de pluie, peut-être, je lirai Proust comme on va au musée. »
C’est ce que je me dis aussi.
« Il scrute le papillonnement des nuances jusque dans leurs plus infimes composants. Il est aussi solide qu'une corde de violon et aussi subtil que la poussière des ailes du papillon. »
Woolf parle de l’auteur d’ « A la recherche du temps perdu », j’aimerais parler d’elle aussi bien ; il faudrait encore que je la lise.
Cette pièce est incitative, mais je vais essayer d’échapper à une troisième écoute… encore que cette heure ait passé agréablement, touillant quelques unes de mes préoccupations d’écrivaillon.

samedi 16 juin 2018

La promesse de l’aube. Romain Gary.

Quel souffle ! 
Il fallait bien 460 pages pour écrire brillamment tout ce que le destin du romancier, aviateur compagnon de la Libération, devait à l’amour de sa mère !
« Je laisse volontiers aux charlatans et aux détraqués qui nous commandent dans tant de domaines le soin d’expliquer mon sentiment pour ma mère par quelque enflure pathologique : étant donné ce que la liberté, la fraternité et les plus nobles aspirations de l’homme sont devenues entre leur mains…»
Cette mère qui pensait que « La France, c’était ce qui se faisait de mieux. »
Il deviendra ambassadeur.
« Elle aimait la France sans raison aucune, comme chaque fois qu’on aime vraiment »
Le recul, l’humour, sont au rendez vous, pour nous permettre de nous enivrer sans vergogne d’idéal, de passions, de rêves, d’excès, de dérision. C’est que le programme de défiance envers le dieu de la bêtise, celui des vérités absolues et de la petitesse, génère en abondance des anecdotes passionnantes.
Le résistant de la première heure a joué sa vie, il peut se montrer magnanime : 
« Je comprends fort bien ceux qui avaient refusé de suivre De Gaulle. Ils étaient installés dans leurs meubles, qu’ils appelaient la condition humaine. Ils avaient appris et ils enseignaient «  la sagesse », cette camomille empoisonnée que l’habitude de vivre verse peu à peu dans notre gosier, avec son goût doucereux d’humilité, de renoncement et d’acceptation »
Gary (« feu » en russe), lui « le mangeur d’étoiles », a le sens des formules, il a « feint l’adulte », tout en se gardant de se mettre « à l’abri de la réalité ».
« Tout ce que la vieillesse a appris est en réalité tout ce qu’elle a oublié »
D’une de ses nombreuses conquêtes :
« Je lui avais même fait apprendre par cœur des passages d’ « Ainsi parlait Zarathoustra » et je ne pouvais évidemment me retirer sur la pointe des pieds… Elle n’était pas à proprement parler enceinte de mes œuvres, mais les œuvres l’avaient tout de même mise dans un état intéressant. »
De Malraux :
« Avec le Chaplin de jadis, il est sans doute le plus poignant mime de l’affaire homme que ce siècle ait connu. Cette pensée fulgurante, condamnée à se réduire à l’art, cette main tendue vers l’éternel et qui ne peut saisir qu’une autre main d’homme… »
Tant de ses compagnons sont disparus, que leur recension en devient lassante, lui même  a échappé plusieurs fois à la mort, aux maladies, après une extrême onction de plus pendant une agonie qui n’en finissait pas, il s’en sort : «  Tu as l’air de tenir à la vie » lui dit un ami venu l’assister dans ce qui n’a pas été son dernier instant.
Roman Kacew s’est suicidé en 1980.

vendredi 15 juin 2018

Surnommer.

Il était fréquent dans les campagnes, d’affubler de surnoms villageois et villageoises, cette marque de reconnaissance était souvent dépréciative. Je ne sais ce qu’il en est aujourd’hui, n’étant plus de ce monde là, mais je me demande si nous ne sommes pas à sur-nommer  dans un autre mode, objets et personnes.
Est-ce que nous ne donnons pas un surcroît de sens aux noms, ne sont-ils pas surcotés ? L’économie des échanges ayant tendance à se tendre, les nuances langagières à se dégrader, les épidermes à être réactifs, les mots vont vers l’excès. Les modes de communication d'aujourd'hui confondant l'oral et l'écrit, raidissent cette disposition.
Ma façon de m’exprimer, s’essayant à la mesure, est tellement décalée par rapport au langage courant les couloirs des collèges et au delà, puisqu’une adulte a pu s’entendre dire par un élève:
« Je te chie dessus ».
Quand certains ne voient que licence poétique dans les paroles d’un rappeur :
« Crucifions les laïcards comme à Golgotha »
et titrent sur l’indignation de la droite et de l’extrême droite, cela  signifierait-il que la gauche n’aurait rien dit ?
Beaucoup de chroniqueurs qui s’étaient réjouis de l’explosion des notions de droite et de gauche se sont bien vite remis dans les rails binaires, guettant le frondeur derrière la moindre pensée. Et après avoir vilipendé l’indécision hollandaise, ils attaquent la verticalité macronienne qui justement veut éviter les paralysies précédentes.
Les rétros concernant nos années emportées n’ont guère enflammé les imaginations en 2018, mais de ces ardeurs passées me restent des traces d’une vie traversée par la politique de toutes parts.
Alors quand sur une même page à côté de la dernière provocation de Trump est titré :
« Les millennials et le sexe : un obscur rejet du désir »,
derrière les délices de la formule, se voile un peu plus l’écran du jour.
Les codes ont changé et j’ai oublié le mot de passe.
Pourtant du temps où «  ce soir à la brume, nous irons ma brune cueillir des serments », nous étions dans un espace virtuel pas si loin de celui de nos suivants.
Dans les mots ordinaires ramenés avec mon épuisette, comme chaque vendredi, jour de palinodie :
je dois m’appliquer à laisser de côté ceux qui rendent « vénèr ».
Le bougon doit apprendre à prendre les choses par le bon goût.
Ainsi je me réjouis de voir se raréfier la paresseuse expression « panem et circenses » à propos de la coupe du monde de football, c’est que je ne suis pas à toujours écouter France Inter et je viens de me désabonner de Télérama, mais Facebook, dans le genre beauf, pourvoit en mépris des autres beaufs.
Je me suis déjà exercé à la positive attitude
que ça en deviendrait un « marronnier ».
Je préfère décidément le sapin dont on fait ... les arbres de Noël. Le cercueil dans cette essence étant devenu obsolète et l’essence elle même ne se sent plus très bien d’ailleurs.
Parti sur des plus me voilà dans les moins, à jouer avec les mots pour ne pas être suffoqué.
Notre pays fait figure d’oasis parmi ceux où se  déchaînent les  populistes. Les investisseurs choisissent de plus en plus La France, les touristes aussi, les réfugiés pas trop.
Et dire que j’envisageais un billet qui ne soit pas celui d’un acariâtre, contrarié.
Heureusement qu’il y a le tract de Vauquiez : « Pour que La France reste la France » et ainsi me sentir à l’aise dans mon approbation de notre président, le plus souvent.
………………..
 Le dessin du « Canard » de la semaine :

jeudi 14 juin 2018

De Delacroix à Gauguin. Etienne Brunet.

Nous avons suivi parmi un de ses nombreux groupes, le professeur Brunet pour apprécier l’exposition au musée de Grenoble de 115 dessins qui se terminera le 17 juin.
« Dessin » s’écrivait « dessein » jusqu’à la fin du XVIII° siècle.
C’est la dernière mise au jour des riches collections de "feuilles" consacrées cette fois à l’hétéroclite XIX° siècle après
http://blog-de-guy.blogspot.com/2012/01/lidee-et-la-ligne.html
 http://blog-de-guy.blogspot.com/2014/04/la-pointe-et-lombre-musee-de-grenoble.html
La Restauration avait mis en avant rois et reines dans un « style troubadour » documenté, réinventant le passé. 

« Louis XII sur son lit de mort » donne un dernier conseil à François 1° : «  le plus important c’est le peuple » par Merry-Joseph Blondel sur un papier calque d’invention récente. La peinture qui était cette fois la finalité du dessin figure avec le cartel, en petit.
Rien qu’en Isère 300 églises furent rebâties et fournirent du travail pour les artistes.
Géricault d’abord sollicité confiera à Delacroix la réalisation de « La vierge du Sacré cœur » destinée à la cathédrale d’Ajaccio.
Le dessin « Assomption de la vierge » d’ Alexandre Evariste Fragonard, c’est le fils de Jean Honoré, se suffit à lui-même.
Le voyage dans le temps est fructueux en Italie où abondent monuments et ruines mais aussi des personnages hauts en couleurs : Charles Bellay, « Paysanne italienne »
Le sculpteur Victor Sappey qui a laissé dans le paysage grenoblois un « Lion terrassant le serpent » pour marquer, croyais-je, la domestication du Drac alors qu’il s’agit de la ville de Grre dominant l’Isère, avait réalisé quelques carnets de croquis là-bas pour constituer une documentation.
Eugène Delacroix après un voyage de 6 mois arrive en Afrique du Nord : « Etudes de costumes algériens ». « Le voyage d’Alger devient pour les peintres aussi indispensable que le pèlerinage en Italie : ils vont apprendre le soleil, étudier la lumière, chercher des types originaux, des mœurs et des attitudes primitives et bibliques » Théophile Gautier.
Depuis Napoléon en Egypte, l’Orient séduit, Charles Palianti: «Intérieur de village en Orient », alors qu’il faut que ce soient les anglais qui nous rendent sensibles à la richesse de nos propres paysages, de notre patrimoine, avec Taylor et ses « Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France », ancêtre des guides bleus. 
« La Bourne à Pont en Royans » de Charles Cottet (« école » de Proveysieux)
« Les animaux musiciens » de Granville touchant à la caricature furent destinés à un ouvrage pour enfants.
L’esquisse de Daumier, projet pour en-tête du journal « Le Corsaire » fut achetée par André Farcy, éminent conservateur du musée, qui y avait vu : « la création en marche ».
Le jeune moine, « Néophyte » de Gustave Doré illustrant « Spiridion » de George Sand, eut son succès au salon, comme lorsque sont évoquées les traditions régionales rappelant le pays à tous les visiteurs transplantés. Ceux-ci n’allaient pas jusqu’à  faire mine de fouetter les fesses d’une baigneuse de Courbet comme le fit Napoléon III après qu’Eugénie sa femme eut étalé sa science toute neuve « c’est une percheronne ! », elle venait de voir  les croupes des chevaux de Rosa Bonheur.  
Jean-Baptiste Millet  a utilisé la gomme arabique pour donner  un aspect satiné  à son « Troupeau de moutons » aux airs japonisants.
« Il faut interpréter la nature avec naïveté et selon votre sentiment personnel. » Corot, quand rapidement, il exécute un croquis, on parle d’une « pochade » loin des productions littéraires burlesques ainsi nommées. «  Ne jamais perdre la première impression qui nous a émus. Le dessin est la première chose à chercher. »
Et pour rappeler la mémoire de Léonce Ménard qui légua une grande partie de ses collections au musée de Grenoble,  ci-dessus une reproduction du « Paysage soleil couchant » de son ami Corot exposé en permanence.
Félix Ziem : « Gros temps » La marine est pré impressionniste.
Les salles sont organisées par thèmes : dans celle qui est consacrée particulièrement aux femmes, se remarque  la « Tête d’Antillaise » de Xavier Sigalon,
et si nous n’avons plus les codes des spectateurs de naguère pour reconnaître les uniformes, « La pièce perdue » de Ludovic Napoléon Lepic dit bien l’horreur de la guerre, 
alors que Gauguin, est tout désigné pour conclure dans la salle « Onirisme et symbolisme » avec « Te nave nave fenua », « terre délicieuse », où se mêlent les influences diverses qui firent la richesse de ce siècle, se régalant dans les salons académiques, et puis passant du romantisme au réalisme, il  a fini par se laisser « impressionner ». 
Tahiti, après ce voyage dans le temps et l’espace, se rapproche de chez nous, où ce vif dessin aquarellé de Jongking « L’Isère à Grenoble » semble arraché, à l’instant du carnet.

mercredi 13 juin 2018

Géopoétique. MC Solaar.

Je reviens vers MC Solaar revenu parmi nous et me remets dans le rap où je n’ai connu que lui.
« Dix ans fermes de prison à ma santé »
« Je me suis enfermé pourtant j’avais La clé »
Plus que jamais, je le suis, maintenant qu’il fait rimer automne avec « Sonotone ».
Comme il s’était éloigné, il nous refait une petite rétro, en « Intronisation », le coup de « l’as de pique qui pique ton cœur » et autres heureuses rimes qui lui valurent le « CAP de rappeur ».
 Du côté de « L’attrape-nigaud » il dit rêver du MoMA, et ressort l’artillerie qui fait « bratata ».
« Le prince de Bamako » se retrouve dans « Frozen fire » avec les dilemmes de toujours : « Quand certains crient alléluia d’autres crient allez l’OM. » Allez l’OM !
Dans la jungle des villes, Jane et Tarzan:
« Elle est seule, elle est single ».
Mais plus question de tenir les murs dans la cité :
« Eksassaute »
« Je retrousse mes manches.
Je suis même pour la fermeture des églises le dimanche. »
« On se lève »
« J’ai quitté ma tour pour aller bosser dans une tour »
Mais s’il fait l’armée, les chars sont des chars à voile.
Plus difficile d’imaginer « Les mirabelles » dans un village désert depuis la première guerre.
«  La grosse Bertha face au crapouillot » dissone pour moi,
alors que dans « Pili-Pili » :
«  le flow devient fluo comme le radium ».
Il est plus à l’aise dans nos années :
«  Je suis né sous Balavoine, j’ai grandi sous Balladur. »
Même si le diable est bien là « Méphisto Iblis ».
Name dropping dans « Kiffez l’âme » du jazz :
« Les musiciens sont excellents,
Tous tous 
Je m’éclaircis la voix
Je tousse tousse »
Et rime dropping dans « Super Gainsbarre »
«  Oh di du di du da »
La belle femme mannequin d’ « I need gloves »
« … féline en défilé, la fille sort de l’orphelinat »
saura se sortir de « la lie des malades aux mains moites ».
La pauvre Eve, d’ Adam et Eve, est tombée dans les pommes, il est vrai qu’elle débarque:
« … des mecs à l’hosto,
Les pressions sur les points vitaux
Des gogo danseuses à gogo, des gros lolos pour les gogos »
« Je zigzague dans « la zonmé des zombies » depuis que Aziz a quitté la zonzon »
« Regarde comme le vie est belle. Aiwa »
Dans « géopoétique » les rimes se déchaînent dans le genre  «Moche coup à Moscou » :
« Pas de bol …il vit en Bolivie » « J’ai fait mon service dans la Confédération Suisse …y a que là qu’on fait des rations suisses » « Colombie » va avec « colombe bi ». Il n’y a  pas de raison puisque « Honduras » convient à « Simenon Duras ».
De l’humour, de la poésie,  en douces rafales, s’il n’y a pas lieu d’inaugurer « l’Avenue du messie », ce riche MC nous va bien. La venue du MC.

mardi 12 juin 2018

Vita obscura. Simon Schwartz.

Mise en page élégante du récit de la vie d’une trentaine de personnages aux destins incroyables et méconnus.
- Souverains autoproclamés : clochard empereur des Etats-Unis ou GI américain vénéré comme un Dieu dans un île du pacifique…  ou prophète : Mani, père du manichéisme.
- Princes rivaux : Frédéric et Henri de Prusse, le tsarevitch Dimitri Ivanovitch et deux imposteurs, celle qui fut assassiné par la reine «  Bloody Mary »
- Inventeurs géniaux : du GPS, du décodeur des messages nazis, qui a eu l’honneur d’une autre BD  http://blog-de-guy.blogspot.fr/2016/06/les-reveurs-lunaires-cedric-villani.html ...
- Excentriques : l’acheteur du London bridge, l’escroc vendeur de la Tour Eiffel, Law qui fut gracié pour un crime commis en Ecosse car il avait ruiné l’ennemi français, le voleur du cerveau d'Einstein, la femme de Winchester qui avait peur des fantômes des victimes des fusils,
- Artistes : Moon dog aveugle sans abri et musicien génial, le pétomane, l’Italienne muse des créateurs,  Robert Johnson qui aurait fait accorder sa guitare par le diable.
- Destins incroyables de frères siamois, d’un patriote polonais qui se fait enfermer volontairement à Auschwitz, d’une infirmière rescapée du Titanic et d’autres naufrages, un amiral Chinois eunuque grand explorateur, le dernier samouraï qui continuait seul la guerre après 1945 dans une île oubliée…
Et ce n’est pas tout …
Le graphisme soigné amène peut être la forme avant le fond, privilégiant l’efficacité d’un C.V. plutôt que l’émotion : la lecture est agréable, le souvenir plus fugace.

lundi 11 juin 2018

Trois visages. Jafar Panahi.

Comme il y a un cinéma hollywoodien, bollywoodien, italien, le cinéma iranien a des couleurs, des rythmes, des rites bien à lui avec les voitures comme lieux inévitables de tournage.
Une vedette de série télévisée, inquiétée par un message filmé qui lui était adressé, va  devoir se rendre dans un village azéri, conduite par le réalisateur.
Les deux citadins sont confrontés aux traditions qui mènent le pays. Dans ces collines arides, les récits légendaires étouffent les énergies juvéniles, en particulier celles des femmes. Loin des préoccupations parisiennes où le féminisme joue des terminaisons orthographiques, l’essence même de la vie est ici mise en jeu par portable interposé. Par des routes défoncées, nous passons de cours fermées en places publiques où les foules se méprennent sur la nature de celui qui pourra les sortir de la misère. Leur mépris envers les saltimbanques entre en contradiction flagrante avec un aveuglement à l’égard de leur sauveur présumé parce qu’ils l’ont vu « dans le poste » de  télévision.
Le courage de ce film est souriant, subtil. Les notations variées ne brouillent pas l’essentiel d’un message fort, au contraire. J’aurais bien remis la palme cannoise au plus libre des réalisateurs, histoire de retourner dans ce fascinant pays dont il ne peut sortir.

dimanche 10 juin 2018

Ballet de l’Opéra de Lyon.

Pour finir la saison à la MC2, trois chorégraphes  ont amené au plus haut niveau une programmation en danse devenue plutôt atone ces derniers temps.
Forsythe nous offre d’emblée un bouquet de postures classiques sur une musique prenante de Thom Willems.
Des petits chaussons oubliés sont de retour sur le plateau dans une dynamique à la beauté froide qui quadrille les sons d’une époque tonnante.
L’ampleur et l’intensité de cette première partie rendaient difficile la comparaison inévitable avec la prestation des quatre danseurs de Benjamin Millepied se produisant ensuite en diverses compositions. Et même la musique plus difficile de Bach, monodique me dit-on, ne nous distrait pas de remarques sur le sens des rayures des chemises des danseurs pourtant excellents qui ont évoqué pour moi les frères Ripolin.
Mais plus question de remarques bêtassonnes pour la dernière séquence, époustouflante : « Petite mort » de Jiří Kylián  se fond avec Mozart et nous liquéfie.
Avec une précision inouïe, les danseurs fouettent l’air de leurs épées, avant que les femmes qui se devinent dans le décor, viennent sublimer leur beauté tonique avec leurs partenaires.
Un voile posé sur le groupe s’évanouit, les lumières idéalisent les corps, la musique nous envoûte, les robes ont des roulettes et les corsets des souplesses.
L’humour, la beauté, le désir : quand la grande viendra, cette « Petite mort » nous rappelle que la vie augmentée par l’art comme ce soir avait valu d’être vécue.
Mais aura-t-on la sérénité de Thierry Roland après la victoire en coupe du monde contre le Brésil qui disait : « Maintenant on peut mourir tranquille » ? Bravo, bravo, merci.

samedi 9 juin 2018

En attendant la fin du monde. Baudoin de Bodinat.

Le titre m’a accroché, et la première page, où l’auteur, qui n’a même pas été démasqué par le web, met en perspective l’expression qui me turlupina : «  j’m’en bats les c… » dans la lignée de « Me ne frego », « rien à foutre » : une devise fasciste.
Mais la lecture est ardue, hachée de parenthèses et de tirets, de ligatures, de charmantes esperluettes (&), farcie de mots rares : cautèle (prudence rusée), éréthisme( appliqué au cœur : accélération du rythme cardiaque) ou hypoxie (manque d’oxygène) et de néologismes heureux : internité ou optiphone. Presque aussi chichiteux que certains de mes articles abusant des allusions, des digressions.
La prose savante laisse pourtant sur 70 pages une élégante impression mélancolique, quand tout n’est pas aussi limpide que lorsqu’il décrit sans agressivité : «  un vieil essayiste faisant l’apologie de l’amélioration (un livre à vendre) et entiché vraiment de cette jeunesse qu’il voit si aisément tactile à circuler dans les données y saisir ce qui s’y offre en temps réel, mais sourcilleux d’un déclinisme du «  c’était mieux avant » dont il entend des voix partout, concédant « quelques difficultés aujourd’hui »… » Michel Serres si tu m’entends…
C’est que nous sommes dans le déni de la réalité, on fait comme si de rien n’était, et pourtant quand on dit « glacier » vient immédiatement : « fonte » ou pour  les eaux : leur « montée ».
La falaise, les seuils sont derrière nous. Rappel de l’appel des 15 000 scientifiques :
« on fit cette remarque que ce n’était pas le premier et puis l’on s’exhorta à multiplier en hâte ces aérogénérateurs qui feraient magiquement l’électricité pour animer le crépuscule dans nos bunkers thermiques »
L’avenir avec des puces indolores pour faciliter le shopping, et pour les poulets des petits casques de réalité virtuelle pour qu’ils se croient dans le Gers, n’est pas très appétissant, surtout si c’est pour aller jusqu’à 150 ans.
Les citations sont nombreuses «  Dans le monde qui va naître, le silence et la solitude seront les derniers luxes de l’individu » Edmond Jaloux, dans les années 50, avec pas mal de Jünger. Après quelques photographies banales d’un village prises par lui-même, qui aèrent le joli petit livre, il se laisse aller in extremis:
 « quelque chose en soi semble sur le point de s’ouvrir et tout réconcilier »
pour se reprendre aussitôt :
«  un assez bon endroit pour venir y attendre le collapsus, le black – out inaugural »