mercredi 25 mai 2016

La tour de Babel. Gilbert Croué.

Le conférencier devant les amis du musée de Grenoble nous avait déjà régalé la saison dernière avec un exposé à propos du douanier Rousseau, actuellement exposé à Orsay
Cette fois il revient sur les mythes, les rêves et les réalités de la Tour de Babel évoquée chaque fois qu’une construction ambitieuse se profile ou lorsque toute assemblée mélangée de peuples divers se réunit, voire toute conférence mondiale, genre « machin » comme disait De Gaulle de L’ONU. Ci-dessus «  Le parlement européen de Strasbourg ».
Dans la nuit des temps, le Déluge voulu par Dieu avait ravagé la terre ; après coup, les descendants de Noé écoutèrent les recommandations divines :
« Soyez féconds, multipliez, et remplissez la terre »
Les tribus proliférèrent. Nemrod, le chasseur, petit fils du constructeur de l’arche S.P.A., fils de Cham le fils maudit, est devenu roi de Babel.
« Labbaye de Saint-Savin-sur-Gartempe »  datant du IX° siècle conserve des fresques remarquables concernant Babel en Mésopotamie, qui signifiait : « la porte ».
« Toute la terre avait une même langue et les mêmes mots. Comme les hommes étaient partis de l’orient, ils trouvèrent une plaine au pays de Schinear et ils y habitèrent. Ils se dirent l’un à l’autre : « Allons ! Faisons des briques, et cuisons-les au feu. » Et la brique leur servit de pierre, et le bitume leur servit de ciment. »
Les « mosaïques de San Marco à Venise » témoignent de l’inachèvement de l’entreprise des hommes pour exister face à Dieu.
« Ils dirent encore : « Allons ! Bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet touche le ciel et faisons-nous un nom, afin que nous ne soyons pas dispersés sur toute la surface de la terre. » Yahvé descendit pour voir la ville et la tour que bâtissaient les fils des hommes. »
« La fresque du baptistère de la cathédrale de Padoue » met en évidence Nemrod, le rebelle, qui voulait demander des comptes à Dieu pour avoir ruiné les hommes lors du déluge.
« Et Yahvé dit : « Ils forment un seul peuple, ont tous une même langue, et voici leur première œuvre. Désormais aucun projet ne leur sera impossible. Allons ! Descendons et brouillons ici leur langage, afin qu’ils ne se comprennent plus les uns les autres. »
Ci-dessus, une miniature parmi une multitude de représentation d’un mythe si populaire au moyen âge, du  « Maître de la chronique du temps » à Munich.
« Et Yahvé les dispersa loin de là sur toute la surface de la terre ; et ils cessèrent de bâtir la ville. C’est pourquoi on donna à celle-ci le nom de Babel, car c’est là que Yahvé brouilla le langage de tous les habitants de la terre, et c’est de là que Yahvé les dispersa sur la surface de toute la terre. » La Bible, Ancien Testament, « Genèse », chapitre XI.
Rejoindre Dieu, s’unir à lui ou le défier ?
Dans un manuscrit conservé au British Muséum, Dieu est monté sur une échelle pour surveiller l’avancement des travaux.
Ce mythe puissant marque-t- il l’invention de la division ou la naissance d’une richesse née de la diversité ?
Hérodote, au Ve siècle av. J.-C., décrit à Babylone, une tour de huit étages avec une rampe extérieure dont la base mesure un stade (180 m).
La représentation la plus fameuse de cette utopie est celle de Bruegel l’Ancien, inspirée du Colisée romain et des enluminures comme celles du « Bréviaire Grimani »  à Venise. Il parle également de sa ville d’Anvers dont la population vient d’être multipliée par dix.
Cette  « Grande Tour de Babel » (1563) a connu un nombre très important de copies mais rien que dans une version plus petite on a pu compter 700 personnages. Ce sont surtout les flamands, les hollandais, pas tellement les latins, qui ont illustré le thème. L’ancien testament  auquel se réfèrent plutôt les protestants faisait part de la dispersion, de l’incompréhension entre les hommes. Le nouveau testament rappelle comment les apôtres lors de la Pentecôte reçurent le don des langues pour s’adresser à tous les peuples de la terre.
Si le sujet se tarit au XVII° siècle, « Vertigo »  du peintre symboliste belge, Léon Spilliaert nous donne le point de vue de Dieu.
La tour de Fritz Lang dans « Métropolis », parabole du capitalisme, témoigne de la ville inégalitaire dont le projet a été confisqué par quelques uns.
Jakob Gautel a empilé 15.000 livres en spirale
et les montages de Zhenjun Du, annoncent l’apocalypse avec « Old Europe»
Des photographies d'Éric De Ville voient Bruxelles en Babel.
Tant de réalisations depuis la pyramide de Khéops 2560 avant J.C., de ziggourats, minarets, donjons, beffrois, flèches, tours, cathédrales, buildings sont partis à l’assaut du ciel : rien n’est trop beau pour le tout puissant, et le pèlerin suivra. La tour Eiffel, « tour du Fada », fut la plus haute jusqu’en 1931, dépassée par l’Empire State Building. Un projet chinois vise mille mètres de hauteur ; actuellement à Dubaï 35 000 personnes travaillent dans un gratte-ciel de 838 m.

2 commentaires:

  1. Pourrais-tu me donner plus de détails sur "Vertigo", stp ? Une très belle oeuvre, je trouve.
    Une tour n'est pas une cathédrale, n'est-ce pas ?
    Pour comprendre Babel, je reviens vers la Bible, et le premier meurtre. Quand Cain reçoit la malédiction de son acte sous forme d'aliénation de la Terre, il n'a d'autre choix que d'aller fonder une ville. Les descendants de Cain sont des citadins.
    Décidément, il y a un monde entre une société rurale/féodale, et une société urbaine. Et les hommes des deux ne sont nullement pareils.
    Détail piquant, en anglais, Babel fait penser à "babble" qui évoque le "babiller" en français. Il s'agit d'aligner les sons, les mots en dehors de tout processus de raisonnement réfléchi.
    Intéressant, non ?

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  2. J'ai découvert ce peintre lors de cette conférence, il a des manières de Munch, expressionnistes.Mais je n'en sais pas plus.

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