jeudi 19 mars 2015

La Tour Perret. Cédric Avenier.

A l’approche des 90 ans de la construction de la Tour emblématique de la ville de Grenoble, la conférence du docteur en histoire de l’art et architecture devant les amis du musée dépassait le simple exposé, en appelant la nécessité de restaurer le bâtiment fermé au public depuis les années 60.
Le montant de la facture évalué à 7 à 8 millions risque de s’élever encore, suivant la vitesse exponentielle des dégradations. Elle qui ne coûta à l’époque que l’équivalent de 130 000 € ; ce fut  d’ailleurs un des arguments pour qu’Auguste Perret emporte le concours d’architectes par ailleurs bien aménagé en sa faveur.
Marie Dormoy critique littéraire l’introduisit  dans les milieux de l’art, et  leur liaison amoureuse n’est pas anecdotique:
« Tu ne peux pas savoir très cher à quel point je suis touchée d’avoir la Tour comme filleule.
Je l’accepte avec joie et qu’elle soit l’image de notre amour. »
L’influence du maire Paul Mistral conjuguée à celle du conservateur du musée Pierre-André Farcy fut déterminante. Franc maçon, l’architecte travaillait aussi avec son frère qui dirigeait une entreprise de construction.
« La tour pour regarder les montagnes » de section octogonale, mesure 95 m de haut avec la flèche au dessus de fondations allant à 15 m de profondeur. Ses huit piliers réunis par des anneaux forment une colonne de style ionique dont l’érection ne suscita pas de polémique, seulement des jalousies d’autres architectes.
Lors de l’inauguration, par Paul Painlevé président du conseil, deux députés sont restés coincés dans l’ascenseur et enfermés dans la tour. Herriot était un de ceux là, ce fut peut être la seule fois où il sauta un repas.
Fils d’un tailleur de pierres, le « seul architecte du vingtième siècle, aimait-il à dire, avec Le Corbusier », il est l’héritier d’une démarche rationaliste et classique.
Il mit en valeur le béton, fleuron à l’époque du « style français », et va innover avec cette structure légère et continue qui  a nécessité un chantier complexe mené en seulement sept mois. Les coffrages sont modulaires et les moules  pour pré-fabriquer des éléments de remplissage sont réemployés à partir d’une église qu’il avait construite au Raincy.
Le ciment ne provient pas des dizaines d’entreprises qui rivalisent alors sur Grenoble, mais de Marseille.
Redonner une seconde jeunesse à la première tour en béton armé du monde, peut être un projet excitant pour les labos de recherche sur le ciment de L’Isle d’Abeau, l’école d’architecture, les artisans, les chercheurs en sismologie de  l’Université Joseph Fourier, les artistes et les techniciens. Retrouver la vocation première de la tour, seul vestige de l’Exposition internationale de la Houille Blanche et du tourisme est un beau défi. Au pays de la recherche et des sciences, quelque lumière devrait apparaître ; tous les partis politiques s’étant prononcé pour cette restauration. Les hautes technologies au service du patrimoine : quoi de plus consensuel ?
Le défi technique complexe est passionnant car il s’agit de traiter fer et béton, de trouver des formules de matériaux de réparation qui accrochent par-dessus des ciments « Le Flambeau » qui ne se font plus. La porosité des substances nouvelles doit être identique et ne pas se décolorer différemment des supports qui doivent rester primordiaux par rapport aux restaurations.  
L’architecture loin d’être immuable connait les contraintes du temps qui passe, des aménagements, des ajouts, des transformations, dans ce cas la tour qui connut une belle table d’orientation à 60 m du sol , est « dans son jus » initial contrairement aux bâtiments qu’Auguste Perret construisit à Amiens, ou au Havre « un exemple exceptionnel de l'architecture et de l'urbanisme de l'après-guerre ».
« L’architecture, c’est ce qui fait les belles ruines » disait-il.
Une association "Ensemble pour la Tour Perret de Grenoble" s'est montée, 

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