lundi 21 octobre 2013

La vie d’adèle. Abdellatif Kechiche



Quand un film est tellement encensé, il est parfois difficile de rejoindre les critiques unanimes sur les hauteurs où l’œuvre est placée ; aujourd’hui je les suis avec mes cinq étoiles en carton recouvert de papier de chocolat.
La « palme » à Cannes est indiscutée tant le propos s’inscrit à tous les égards dans notre présent, au moyen d’une écriture singulière où la jeunesse est mise en lumière dans toute sa beauté.
Pour m’efforcer de ne pas répéter ceux qui ont mieux dit toute la richesse du cadeau de l’auteur de « L’esquive », j’insisterai seulement sur l’intensité de l’engagement des actrices et du réalisateur et sur les plaisirs d’une durée nécessaire de trois heures.
Nous avons le temps de suivre l’évolution des personnages, de partager leurs emballements, leurs doutes sans nous laisser distraire par des péripéties alambiquées : c’est limpide. L’impitoyable écart culturel entre les deux amoureuses est finement traité ainsi que la distance due aux des différences d’âge.
Les gros plans saisissant les subtilités des regards, les rougissements d’une émotion nous rapprochent du cœur des actrices, elles, dont les prestations généreuses les mènent loin du tohubohu médiatique.
Etant du métier, la dictée en CP  ne m’a pas parue très bien menée, c’est que le désarroi de la future maîtresse vient brouiller sa vie dans tous ses aspects. 
Parmi tant de scènes d’une force exceptionnelle, celle du vernissage m’a dévoré.
J’en ai aimé l’acuité conclusive, en gourmand, comme Adèle qui « aime manger  toutes les croûtes même celle de ses bobos. » 
« C'est trop bien, Marivaux », j’ai apprécié, instituteur toujours, l’éloge de la littérature qui permet de mettre des mots sur la complexité des sentiments, et nous fait vivre plus intensément ; ce cinéma aussi.    


1 commentaire:

  1. Jean Lafranceschina21 octobre 2013 à 19:16

    Belle scène effectivement que celle du vernissage (quoiqu'un peu cliché ?) où l'on sent le rapport de l'artiste et de son modèle : pour la première la gloire, l'appartenance à une caste, alors que la deuxième n'est plus qu'un objet bien encadré.
    Le thème résonne étrangement quand on passe de la peinture au cinéma, du modèle à l'actrice et de l'artiste au réalisateur et que l'on repense à la polémique lancée par les actrices du film contre Abdellatif Kechiche...
    Quant à mon sentiment sur le film, je serai moins élogieux que toi, Guy. je trouve qu'on frôle parfois les clichés (les artistes, les instits...) alors que ce réalisateur nous avait entrainés dans ses films précédents dans la vie même de ses personnages avec leurs paradoxes et leurs mystères.

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